Ma chère fille,
Je ne puis vous dire toute la peine que me causent les procédés de quelques-uns des nôtres. L’affaire des hospices est abandonnée, mais en même temps que votre lettre de Londres, le P. Laurent m’écrit : « Voulez-vous que nous vendions la maison, les cours et le verger (30.000 mètres) 400.000 francs à une communauté religieuse? » – Je lui réponds: « Vendez. » En effet, il y aurait 460.000 francs de vendu; il resterait 40.000 mètres, et pour ceux-là on pourrait voir venir, car 460.000 fr. payent tout et un peu au-delà, si je ne me trompe. Dans cette situation j’espère bien que nous pourrions rembourser à vos Soeurs ce que vous nous avez si généreusement prêté, et même vous offrir la possibilité de pousser à Nîmes une partie du bâtiment qui me paraît indispensable(1).
Les dispositions du gouvernement, qui, disent les journaux, va supprimer la liberté d’enseignement, me semblent peu propres à encourager le projet de fermer à Clichy pour ouvrir ailleurs. Si nous avions à nous de 300.000 à 400.000 francs, nous pourrions nous occuper peut-être de donner à la Congrégation un plus grand développement. C’est l’opinion du P. Hippolyte, c’est un peu la mienne. Du reste, je vais demain à Notre-Dame de Rochefort et je tâcherai d’obtenir toutes les lumières nécessaires. L’idée d’une fondation à Bordeaux me sourit beaucoup, mais il faudra y réfléchir(2).
Vos filles vont bien. Soeur M.-Aug[ustine] me donne un peu sur les nerfs. Je m’en console en songeant aux corvées que je vous évite. Soignez-vous, de grâce. Vos fatigues et crises passeront. Il me semble qu’il y a un remède pour cela, car vous me faites l’effet d’avoir le mal de mer. Mille souvenirs à Soeur M.-B[ernard] et aux autres religieuses que je connais. Nous aussi, nous avons un jardin qui prend tournure. Le soir c’est ravissant, selon moi. Thérèse de Rocher fait sa retraite avec sa mère, mais la pauvre enfant est bien souffrante. Je ne sais si sa santé se fera à la vie religieuse; à part cela, elle est charmante.
Adieu. Je dois quitter, on m’attend(3).

