DERAEDT, Lettres, vol. 3, p.245

La sagesse de sa lettre le remplit d’aise. – Il vaut mieux servir le pape que l’empereur. – Il le recommandera à Mgr de Mérode et au cardinal d’Andrea.

Mon cher ami,

Je reçois la visite de ta mère qui m’apporte ta lettre(2); elle m’a paru l’expression de quelqu’un, qui, lorsqu’il le voudra, se tirera parfaitement d’affaire. Tu raisonnes de sang-froid, et, après tout, cela vaut mieux que de l’enthousiasme. Tu sauras bien ce que tu fais. Voici ma pensée. Si les choses doivent durer et si tu ne veux rester que quelques années au service, avec tes principes et ceux de ta famille, il vaut mieux pour toi servir le Pape que l’empereur. Si les choses ne durent pas à Rome, elles ne dureront pas, non plus, en France. Ce sera comme en 48, quand les Suisses catholiques eurent été battus; la révolution fut bien vite à Paris. Te sens-tu disposé à servir la république sociale? Il y aura quelque part un endroit où se grouperont les honnêtes gens et où un officier de troupes pontificales sera toujours honorablement reçu. Si une Restauration a lieu, – car le désordre ne peut pas toujours durer – tu rentreras en France avec une position déjà conquise, sans avoir prêté serment à l’empereur; et si les choses vont de mal en pis, tu seras après tout Gros-Jean comme devant, avec la satisfaction d’avoir combattu pour la bonne cause, là où il était le plus glorieux de la défendre(3).

Voilà ma conviction. Je souhaite qu’elle te soit bonne à prendre un parti, mais quel que soit celui que tu prennes, je peux te dire que je suis très content d’avoir un neveu qui raisonne si bien. Je t’embrasse.