Ma chère fille,
Mille remerciements des détails que vous me donnez sur votre conversation avec M. V[éron](1). Il me semble qu’il vaut mieux apaiser la chose. M. V[éron] ne peut qu’être satisfait de notre confiance, et il doit voir où nous allons et par quels moyens un peu plus soumis, ce me semble, que ceux qui veulent emporter de haute lutte(2). Il faut un peu de patience. Quant à la question de la chapelle, il ne peut être question que d’un oratoire privé, comme je vous l’ai dit. Il ne faut faire en tout cas valoir que la permission donnée par l’archevêché et le droit de réserve accordé par le Pape. Le bon P. Picard, en sortant de cette limite, se mettrait dans une fausse situation. Mais si je ne suis pas trop habile pour les discussions diplomatiques, je m’aperçois qu’il l’est moins encore, par la raison que quand il a une idée, il lui est impossible de voir rien à droite ou à gauche qui puisse la lui faire modifier. Je ne sais comment l’aider à se corriger de cet inconvénient.
Vous pourriez au besoin rappeler à M. Véron que nous avons eu pendant trois ans maison, chapelle et réserve, dans le faubourg Saint-Honoré, et qu’il s’agit de s’établir dans le même faubourg. A cette époque M. Sibour avait promis toute sorte d’encouragements. C’est peu de M. Sibour à M. d’Alzon; c’est beaucoup de l’archevêque de Paris à une Congrégation naissante et qui arrive dans la ville archiépiscopale par l’effet de la bienveillance de l’archevêque. C’est le côté qu’il faut au besoin présenter.
M. de Gorsse réclame les 3.000 francs de Chauvély(3) dus par le P. Laurent. Je réponds que depuis deux mois ils sont, par mon conseil, placés entre vos mains indéfiniment. Il est bon que vous connaissiez ma réponse dans l’hypothèse où l’on s’adresserait à vous. Chauvély veut me les laisser pour bonnes oeuvres.
Après une explication assez maladroite de l’abbé de Cabrières, M. Barnouin a dû donner une démission furibonde(4). Je l’ai adouci et engagé à donner son avis de départ en termes plus modérés. Il partira, nous serons les meilleurs amis du monde. Il ne se doute pas que je sais tous ses jugements sur mon compte.
Vos Soeurs sont bien, Soeur M.-Aug[ustine] toujours la même. J’ai cru pourtant apercevoir une apparence de progrès. A Nîmes, on me trouve beaucoup de croix. Dirai-je que je suis assez stupide pour ne pas les voir, et pour en désirer qui enfin me feront sortir de l’adoration de mon individu que vous avez la bonté de me reprocher?
Tout vôtre en N.-S.

