Ma chère fille,
Vous êtes bien bonne d’avoir si vite pris la plume pour m’apprendre le résultat des décisions de l’archevêque(1). Dois-je attendre pour écrire à M. Buquet? Vous remercierez M. Véron, de ma part. Je ne lui écris pas pour ne pas avoir l’air trop empressé, et c’est pour cela aussi que je crois bien faire de ne pas écrire à M. Buquet, non plus(2).
Quant aux fonds disponibles, je n’en ai pas et je vous avoue qu’il me semble qu’avec 300.000 francs que nos Pères de Clichy auront un jour, et sous peu probablement, je dois réserver mes fonds pour le collège de Nîmes. C’est surtout l’avis du P. Hippolyte qui a poussé des cris d’aigle, en entendant lire le passage de votre lettre où vous en demandez. Je vous avouerai: 1° que, de quelque temps, je n’en aurai pas; 2° que quand j’en aurais, je préférerais vous les confier pour autre chose, afin d’apprendre à ces braves gens la pratique de la pauvreté. Mais ma soeur à qui j’avais proposé de garder le plus de terres possible et de me laisser l’argent, préfère une autre combinaison. Il est possible pourtant que j’aie une créance de 90.000 francs, mais, je vous le répète, je préfère de beaucoup les voir se tirer d’affaire comme ils le pourront; sans quoi ils compteront toujours sur nous pour aller commodément et sans gêne. Je préférerais plutôt, supposé qu’il ne fallût pas mettre tout au collège, vous offrir quelques avances pour votre prieuré de Nîmes, tant je redoute le laisser-aller de notre peuple parisien(3).
Je vous remercie de ce que vous me dites du P. Gratry(4). Je garderai ma langue très absolument et je me contenterai de dire un mot de sa future sortie à l’évêque. C’est le moyen de le prendre. Le pauvre abbé de C[abrières] est tout dégoûté de lui, je le laisse faire.
Tout vôtre. Faites prier pour ma mère.

