Vous êtes bien bon, mon cher ami, de m’écrire comme vous le faites(1). Hélas! vous avez raison, il n’y a qu’à se résigner. Ma pauvre mère nous a quittés avec toute sa connaissance, au milieu des plus atroces douleurs. Dieu a voulu la purifier jusqu’au dernier moment. Vous savez ce que c’est que voir souffrir ceux que l’on aime, sans pouvoir les soulager. Je n’ai pas pu donner à cette pauvre [mère] cette dernière absolution que j’avais prononcée, moins de trois mois avant, sur la tête de ma soeur, – l’évêque de Montpellier m’a, depuis deux mois, ôté dans son diocèse le pouvoir de prêcher et de confesser, – mais c’est moi qui lui ai annoncé la dernière visite de Notre-Seigneur; puis, elle s’est endormie, et j’ai accompagné sa dépouille là où il y a si peu de temps j’avais déposé celle de sa fille. Ah! mon cher ami, qu’y a-t-il donc dans la vie à quoi l’on puisse s’attacher?
Veuillez offrir mes hommages à Madame d’Esgrigny, mes amitiés à Jeanne. Mon père est souffrant, et ma soeur, qui remercie Madame d’Esgrigny de son souvenir, a besoin de bien du repos pour se remettre des fatigues et des douleurs qu’elle vient de traverser.
Adieu. Tout à vous avec une tendre affection.

