DERAEDT, Lettres, vol. 3, p.358

Marche à suivre pour l’achat du terrain de la rue François Ier. – Les circulaires Persigny sont atroces de perfidie.

Mon bien cher ami,

Je regrette mille fois les démarches que vous avez faites, si vous avez besoin de ma créance avant le premier janvier. Je dois à cette époque avoir terminé mes affaires de famille avec ma soeur, et ce n’est qu’alors que la créance sera retirée. Je croyais avoir expliqué bien nettement la chose à Madame la supérieure. Quant au prête-nom, je n’en vois pas la nécessité absolue. Si, comme il paraît, ils sont difficiles à trouver, il me semble qu’une vente faite sous le nom du P. Picard, avec hypothèque prise par moi pour 90.000 francs, que je montrerais fort aisément être une créance de bien patrimonial, et le reste emprunté au Crédit foncier arrangerait très bien le tout(1). L’emprunt au Crédit foncier offrirait un grand avantage, l’impossibilité de la confiscation, et très volontiers je lui céderais la priorité pour l’hypothèque. Accepter qu’on dépouille un citoyen de son vrai bien patrimonial, et parce qu’il est religieux, me semble bien fort(2).

En résumé, mon opinion est celle-ci: Acheter sous le nom du P. Picard; se servir pour payer: 1° de ma créance, 2° du Crédit foncier; mais je ne puis envoyer ma créance que du 1er au 6 janvier. Chercher de l’argent ici est pour moi de la plus extrême imprudence. Je donnerai ma signature pour Paris, tant qu’on voudra, jusqu’au 6 janvier, assuré qu’elle sera échangée à cette époque contre la créance.

Vos nouvelles politiques m’intéressent au plus haut point. Les circulaires Persigny me semblent atroces de perfidie(3). Quant au f[au]b[ourg] du Roule, il faut y renoncer pour le moment(4). Adieu, très cher ami. Tout à vous en N.-S.