Ma chère fille,
Je ferai à Joséphine votre commission(1). Je vous conjure de prendre sur ma créance tout ce que vous voudrez. Je vous l’enverrai au plus tôt, car j’aime mieux perdre quelque chose à Paris que d’emprunter à Nîmes; mais il faut, je crois, avec le titre une seconde pièce, l’acte de partage enregistré. Or l’enregistrement ne peut avoir lieu que dans q[uel]q[ue] temps. J’avais pensé qu’il n’y avait pas lieu à se tant presser, depuis que le P. Picard m’avait écrit que M. de Maleyssie donnait 100.000 francs. Il me semblait qu’il aurait pu peut-être donner 30.000 francs. Si ce n’est pas possible, écrivez-moi. Je hâterai l’acte d’enregistrement, mais je ne sais s’il sera prêt aussi tôt que je le désirerais.
J’ai été, en effet, un peu fatigué de la retraite de Paris, parce qu’il m’a fallu la faire coup sur coup après celle de Nîmes(2). Si j’avais pris deux ou trois jours de repos, cela n’eût pas eu lieu. Quant à être ma gouvernante dans ces sortes de travaux, permettez-moi, malgré toute ma confiance, de ne pas accepter votre proposition. Je ne fais un peu de bien qu’à la condition d’avoir mes coudées franches, et dans ces sortes de choses c’est un peu avec moi tout ou rien(3).
J’ai procédé ainsi avec le P. Monsabré qui fait à merveille(4). Je trouve parmi mes pénitents trois ou quatre bonnes vocations, le P. Hippolyte aussi a les siennes. Vous voyez que nous travaillons le terrain. Quant au Fr. Vincent de Paul, il est sans doute utile à Paris, mais il ne fait pas son noviciat(5). Le P. Picard doit se rappeler que l’on ne change pas un noviciat de place, d’après les Constitutions apostoliques qu’il m’a remises. Il faudrait demander une nouvelle permission à Rome. L’abbé Conte fait défaut, il a avoué simplement que la vie sévère l’effrayait(6). Voilà le résultat du système qui veut que les jeunes gens attendent avant d’entrer en religion, quand ils ont la vocation.
Nous avons un froid de loup. Adieu, ma fille. Tout à vous, avec toute l’affection d’un coeur qui veut se sanctifier en vous sanctifiant.

