Ma chère fille,
J’ai reçu votre dépêche(1) hier, à 2 heures; il me fut impossible d’y répondre immédiatement. Je voulais réfléchir et prier. Ce matin, à la messe, après la communion, la réponse s’est présentée si claire que je n’ai pas hésité à vous la transmettre telle que je la vois très manifestement. En voici le commentaire(2).
1° Il faut faire au plus tôt le recours(3) et non l’appel. Je crois que c’est le terme, parce qu’il n’y a pas appel contre une sentence non portée, et il peut y avoir recours dont l’effet, si je ne me trompe, est suspensif. Consultez l’abbé de Serres ou les Maristes là-dessus(4).
2° J’ai dit par lettre chargée ou télégramme, afin que l’acte lui(5) soit bien positivement remis.
3° En annonçant votre départ pour Rome, vous montrez que vous comprenez la gravité du combat. Il est évident que Virginie est derrière. Mais le P. Monsabré avait dit à Soeur M.-Paul que c’était moi et quelques autres, à qui les coups s’adressaient, que la question de quelques murmures de religieuses n’était que le prétexte.
Il faudra examiner entre nous si ou plutôt quand je devrai intervenir au débat. Pour mon compte, j’y vois la fermeture de votre maison de Paris et une grande lutte engagée sur le terrain des principes. Mais il faut attendre un peu et causer, car une fois la bataille engagée j’irai jusqu’au bout. Il me semble que vous devez attendre à Lyon jusqu’à vendredi(6); peut-être, si l’on recule, partir pour Paris; sinon, arriver au plus tôt à Nîmes.
Il faut voir si quand M.Lenoir(7) ira à Auteuil, il ne doit pas y trouver deux lettres de vous: la première lui annonçant que s’il va en avant et ferme la chapelle, vous appelez et partez pour Rome; la seconde, s’il passe outre, lui signifiant votre appel. Elle ne devra lui être remise qu’après l’acte de fermeture accompli. Ceci n’empêche pas la lettre annonçant le recours.
Adieu, ma fille. Je ne vous dis pas combien vous m’êtes présente et combien je vous recommande à Notre-Seigneur.

