Je reçois votre lettre, ma fille, et je vous félicite bien sincèrement de ce que mes craintes ne se sont pas réalisées(1). Quant à moi pourtant, je tremble toujours. On veut dominer, on dominera, écrasant ce qui est au-dessous. Vous m’écriviez: « Ils mentiront(2) ». Croyez-vous que ce ne soit pas fait? En quoi êtes-vous une malhonnête femme(3)? Le plus pressé, c’est l’approbation. Pourriez-vous me faire envoyer le plus tôt possible copie de vos statuts approuvés par le gouvernement? L’évêque a la copie de vos Constitutions. Faites-les moi, je vous prie, copier en laissant une feuille blanche à chaque page. Il serait plus commode d’avoir un cahier relié. Quant à l’approbation de ces Constitutions, cela viendra plus tard, mais répétez bien que vous êtes sous la juridiction de la Sacrée Congrégation.
Du Lac m’en écrit de belles sur Chaillot, avec qui du reste il est brouillé. Le c[ardinal] Pitra est aussi furieux contre lui. Les journaux révolutionnaires en font l’éloge(4).
Paul de Pélerin(5) sort de chez moi, mais il ne m’a pas dit un mot des affaires de Soeur Jeanne-Marie; je ne lui en ai rien dit, non plus.
Adieu, ma bien chère fille. J’ai un peu mal à la tête et je m’arrête. Hélas! votre pauvre tête à vous a eu bien des tracas. Le P. Picard a dû vous dire mon opinion sur certains points de vos Constitutions, que les épreuves actuelles doivent vous faire bien préciser.
Mille fois vôtre, ma chère fille.

