DERAEDT, Lettres, vol.6 , p. 182

J’espère que le P. Vincent de Paul sera resté à Rome. – Les Augustins font les fiers. – Nous sommes assez compromis pour avoir à craindre que le séjour du P. V. de Paul à Rome nous compromette davantage. – La petite Mante. – On vous accuse à Rome de persécuter la maison de Bordeaux.…

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DERAEDT, Lettres, vol.6 , p. 182
Orig.ms. ACR, AD 228; D’A., T.D. 23, n. 907, pp. 236-237.

Nîmes, 10 décembre 1866.
10 dec 1866
Nîmes

Ma chère fille,

Je vous renvoie la lettre du P. V[incent] de P[aul]. J’espère qu’il sera resté à Rome, car, il y a huit jours que je lui ai écrit dans le même sens que vous, c’est-à-dire de rester. Il me semble que ce serait très facile de vous apporter l’approbation, pourtant je le voudrais ici pour la Noël.

La supérieure g[énéra]le de Saint-Maur est arrivée à Marseille et sera demain ici. Je la verrai. Vous voyez qu’elle a bien fait de persévérer(1). Quant aux Augustins, vraiment ils dégoûteraient de s’entendre avec eux. Ne font-ils pas les fiers? Mais j’ai tort de parler ainsi(2). A la garde de Dieu! Si la chose doit s’arranger, je l’arrangerai à Rome au printemps prochain. Je ne sais pourquoi je me figure toujours que ce sera le moment favorable.

Le séjour du P. V[incent] de P[aul] à Rome m’inquiète fort peu au point de vue de la compromission. Nous sommes assez compromis, pour avoir à craindre de l’être un peu plus. Est-ce que vous croyez la petite Mante sincère(3)? La M. M.-Gabrielle m’a dit les projets de son père, qui sont qu’elle reste à Nîmes, et elle dit que son père la veut à Marseille. L’évêque est absent; je ne puis lui communiquer la lettre du P. V[incent] de P[aul]. Celui-ci m’écrit que l’on vous accuse à Rome de persécuter la maison de B[ordeau]x. J’ai écrit à Soeur M.-G[onzague] de voir avec M. Fontenau(4), si celui-ci, après avoir interrogé les Soeurs, ne pourrait pas envoyer une protestation. Le P. V[incent] de P[aul] est vraiment un habile homme, presque un trop habile homme.

Adieu, ma chère fille. Le prieuré va bien, et Soeur M.-Gab[rielle] me disait, il y a un instant, que Soeur M.-Paul se met tout à fait au pli. Mille fois vôtre, ma chère fille.

Si vous devenez Congrégation *Nemausensis*(5), ne craignez-vous pas les foudres de Virginie?
1. Mme de Faudoas [l’édition – t.VI, p.183 – a *Fandoux*] ramène de Rome les *Animadversiones* aux constitutions de sa congrégation. 2. « Le Général est moins pressé aujourd’hui que nous répondons à ses désirs », a écrit le P. Bailly le 4 décembre. A cette date, le P. J. Belluomini, Prieur général des Ermites de Saint-Augustin, avait accordé aux membres de la congrégation dite des Augustins de l’Assomption une participation aux biens spirituels de l’ordre. Le document porte la date du 27 novembre 1866 (KO 32; *Collectanea* n° 19). Le P. Bailly avait, le 29 novembre, annoncé la chose en ces termes au P. d’Alzon: « J’ai une affiliation mais pas le pouvoir de donner la *corrigia*, vous l’avez personnellement m’a dit le Général et il me donnera la même faculté pour ceux de nos Pères dont je lui donnerai les noms. » Sur les projets d’union avec les Augustins, voir *Documentation biographique*, I, pp. 387-388. 3. « Soyez bon pour elle, ne craignez pas de duplicité », répondit Mère M.-Eugénie à qui Victorine inspirait beaucoup de pitié (14 décembre). 4. Supérieur ecclésiastique des R.A. de Bordeaux [lire *Fonteneau*: v. *Lettre* 2901, n.5]. 5. Mère M.-Eugénie avait écrit au P. Bailly pour lui demander si l’on ne pourrait mettre la congrégation sous le titre *Nemausensis* au lieu de *Parisiensis*, « puisqu’au point de vue ecclésiastique nous ne voulons pas fixer notre maison-mère à Paris, mais rester libres. C’est bien assez qu’on y soit pour le gouvernement français » (au P. d’Alzon, 9 décembre).