Cher ami,
Je vous ai écrit ce matin, trop longuement et trop brièvement. Trop longuement, parce qu’il y avait peut-être des points bien simples à constater, l’opposition croissante entre les idées de la plupart des religieux du collège, d’une part, et celles du P. V[incent] de P[aul], de l’autre. Le P. V[incent] de Paul voulait que le supérieur s’annihile encore dans la direction des religieux; il accepte la suppression des traditions établies, vivantes dans le règlement et, en même temps que les religieux élevés avec le règlement réclament ces traditions qu’ils aiment, en fassent le sacrifice à ses idées à lui. Cette situation devient impossible. J’ai écrit très brièvement, car les détails où je suis entré impliquent des objections auxquelles il est très facile de répondre, pourvu qu’on ait la moindre intelligence du collège comme vous l’avez, mais dont il faut pourtant indiquer la solution, ce que je n’ai pas fait suffisamment.
Je crois inutile d’y revenir. J’arrive à cette solution. Le P. Vincent de Paul, d’ici à peu, ne pourra pas tenir au collège; car ayant d’un côté le P. Hippolyte et les principaux religieux du collège d’une part, et le P. V[incent] de Paul de l’autre, je penche naturellement pour les religieux qui sont de mon avis. Quand, il y a dix ou douze jours, le P. V[incent] de P[aul] me demanda de le débarrasser du collège, le P. Hippolyte me dit, avant de connaître mon opinion: « A votre place, j’accorderais ce qu’il demande, en prenant [un] peu de temps et lui laissant faire la rentrée pour éviter la secousse ». C’était juste ce que je venais de lui répondre.
Si vous préférez le collège normand(1) à la fondation de Londres, je vous laisse toute liberté; moi, je préfère Londres, mais dans cette circonstance je n’y tiens pas. Nous laisserions le P. V[incent] de P[aul] prendre là ses ébats. Un collège où il serait tout, mais ce serait parfait pour lui! Je n’y regarderais [pas]. Que pourrait-il souhaiter de plus? Londres me semble quelque chose de plus sérieux.
Mais je le répète, si vous ne voulez pas que je perde le peu de tête qui me reste, envoyez-moi un peu d’argent; sans quoi, je suis enterré avant la fin de l’année, dans la supposition où le P. V[incent] de P[aul] devra s’en aller. Il paraît du reste que nous avons une belle rentrée.
Adieu. Je vous laisse. Totus tibi.

