Mon bien cher ami,
J’arrive du Vigan, où je suis allé prêcher à un service pour les zouaves(1). A Brignon, M. de Cabrières a parlé. J’espère que nous aurons encore du monde. Vos lettres imprimées dans la Semaine religieuse vous font une réputation d’écrivain. Quand devez-vous revenir? Je voudrais vous répondre: Restez, eh bien, je ne le puis guère. Voici pourquoi. Le déficit est ce que vous savez. Je n’en suis pas inquiet pour le fond, mais cependant il faut aviser. Nous aurons fin-décembre ou au commencement de janvier 17.000 francs. [De] plus, il est moralement sûr que le chemin de fer prend sa gare à Lavalette. Si cela est, nous avons au mois de mai de quoi nous ravitailler et même faire de beaux bénéfices. L’essentiel est d’aller jusque-là sans encombre. Pour cela il faut trouver 20.000 francs. Eh bien, nous ne pouvons guère les chercher à Nîmes. D’où je conclus qu’il vous faut les chercher à Paris. Puisque le P. Picard ne veut pas s’en occuper, le plus simple est de vous y envoyer.
Le P. Galabert m’écrit qu’il s’adresse à vous pour certaines affaires, à Rome. Si vous pouvez les lui faire, ce sera très bien, mais autrement je pense que l’essentiel est de veiller à ce que nous tenions tête à la petite bourrasque qui se prépare. Monseigneur de Nîmes était ces jours derniers opposé à de nouveaux enrôlements, mais votre dernière lettre que je lui ai lue et une de M. Anatole Lemercier(2) l’ont converti. Si M. Keller(3) pouvait s’arrêter à Nîmes, il ferait une bien bonne oeuvre.
Je vous dirai que nous sommes au mieux avec les curés de la ville et que, par ce côté, il faut bien espérer que nous nous relèverons. De nouvelles je n’en sais aucune. Adieu cher ami. Priez bien pour moi et croyez-moi bien vôtre en N.-S.

