Mes très chers Pères et Frères(2),
Recevez tous mes voeux de bonne année, en particulier ceux d’entre vous qui avez bien voulu m’écrire séparément. J'[aurais](3) dû aller à la campagne. Une extinction de voix m’en a empêché, et j’ai bien fait de rester; car hier, juste au moment de partir, j’ai eu une crise d’estomac. Je crois que c’était une indigestion causée par le froid. Mais enfin, j’ai cruellement souffert pendant quelques heures. Il en résulte que je suis en retard et que je ne puis écrire à tous. Vous vous contenterez donc d’une lettre collective, qui renferme parmi mes voeux le désir de finir le carnaval et de commencer le carême avec vous. Je ne puis pourtant répondre de la possibilité d’exécution d’un pareil projet. La maison va si bien au point de vue de la piété, du bon esprit et des études, que ce serait dommage de ne pas la soutenir dans cette voie. Il faut que j’y reste pour d’autres motifs encore, ou que je ne fasse que des absences de quelques jours.
Nous avons eu la bise, la neige, tous les frimas. Est-ce un prélude de la révolution, comme l’hiver de 1830? Dieu le sait. Pour moi, je demande à Dieu de nous soutenir en paix, en empire, en guerre ou en révolution. Vous a-t-on dit que l’université de Saint-Augustin commence à fonctionner(4)? Vous a-t-on dit que, par sa prudence et sa fermeté le P. Vincent de Paul fait merveille à Rome? Je voudrais bien lui ménager quelques ressources, pour qu’il fît du bien aux jeunes gens. Il nous trouverait des vocations et nous ménagerait une bonne position pour plus tard.
Adieu, mes bien chers Frères et Pères. Toute la communauté nîmoise vous souhaite une bonne année, et moi j’y joins toutes les bénédictions les plus tendres, et je voudrais ajouter les plus fécondes, que je puisse trouver dans mon coeur.

