Je reçois votre lettre à l’instant, ma bien chère fille. Ce que vous avez de mieux à faire est de ne pas répondre à Maria. Si c’est une mécontente et qu’elle ait parlé, à quoi bon partir de ses protestations? Si elle n’a pas parlé, pourquoi lui mettre des armes en main? Enfin si elle est possédée du démon, le meilleur est de prier et de se mettre entre les mains de Dieu(1).
J’étudie en ce moment l’affaire des confesseurs des religieuses. Le P. Montrouzier, jésuite, a deux articles dans la Revue des sciences ecclésiastiques, pour prouver que ce que dit Mgr Manning est ce qu’il y a de meilleur. Et Lucidi partage tout à fait les mêmes principes. Il faut aller très doucement. Seulement il est possible que l’application des règles soit différente. Je vous promets de bien étudier cela à Rome. La conséquence sera peut-être qu’au noviciat il faudra prévenir les novices de toutes ces dispositions. De plus, si l’on veut demander des modifications, il faudra demander comment s’y prendre pour les 50.000 petites communautés répandues dans les villages de France. Si l’on répond que ces lois ne sont appliquées que là où cela est possible, il sera aisé de trouver des difficultés en bien des endroits. Toutefois il ne faudra peut-être pas trop lutter de front par une bonne raison, c’est qu’on serait disposé à pousser d’autant plus dans un sens que vous iriez dans un autre(2).
De tout ceci je conclus que nous touchons à un moment de crise et qu’il faut se recueillir, faire le moins de bruit possible, se sanctifier personnellement et compter sur la bonté de Dieu pour nous permettre de faire son oeuvre. Evidemment le diable fait des efforts suprêmes. C’est tout simple, mais les hommes mauvais en font aussi. Cela se sent.
Adieu, ma fille. Je vais dire la messe. Mille fois vôtre.

