Mon cher ami,
Vous êtes d’une sagesse parfaite et vous avez parfaitement fait de ne pas envoyer la procuration. Vous serez assez aimable pour dire au P. Raphaël que vous ne la donnerez que lorsqu’il m’aura envoyé le devis: 1° des réparations à faire; 2° de ses ressources pour les payer(1). Par ce moyen je contrôlerai et nous agirons prudemment.
Rien de nouveau, sinon l’enterrement du colonel d’Argy, qui a été très beau. Monseigneur se ressent de sa promenade d’avant-hier. Si M. Clastron partait [tout] de suite, il me ferait bien plaisir. Mais il faudrait l’autorisation ou l’ordre de M. Boucarut, contre l’intention de Mgr de Nîmes qui veut que M. Clastron attende. Il ne va pas plus mal. L’évêque de Vera Cruz(2) a été enterré ce matin. Le grand duc de Toscane est mort de la mort des justes(3). L’évêque de Tarbes ne tardera pas à mourir; son sang s’est mêlé aux urines. Le cardinal Rauscher est au plus mal.
Veuillot me disait, ce matin, que l’on ne traiterait que l’opportunité. Quelqu’un de parfaitement renseigné me donnait hier sous le secret que l’on ne traiterait que la question de fond. Je crois que l’on décidera sans discussion: 1° parce que l’opportunité est décidée par la majorité; 2° parce que la question de fond est traitée depuis assez longtemps. Dites à Allemand qu’il serait absurde de traiter de nouveau la question d’Honorius, mais que l’enfoncement du P. Gratry serait très opportun(4). Vous ai-je dit que nous avions découvert les accointances de la villa Grazioli et de l’ambassade de Prusse? C’est à faire savoir. Je vous ai dit, n’est-ce pas, que Sura, Perpignan, Oran(5) sont venus voir l’évêque, en particulier certes. Saint-Brieuc s’est enfin ébranlé.
Maintenant, pour vous, le P. Laurent et le P. Hippolyte seulement. Si, comme on le dit, on ne veut pas nous permettre le voeu d’étendre le règne de J.-C., ne pourrions-nous pas le remplacer par le voeu de nous porter à toutes les oeuvres que le Pape nous proposera contre la révolution et la franc-maçonnerie? Les Jésuites ont eu leur raison d’être dans la lutte contre la Réforme, alors la grande ennemie de l’Eglise. Le grand ennemi de Dieu, aujourd’hui, n’est-ce pas la révolution incarnée surtout dans la franc-maçonnerie?
Je suis pressé. Je vous ai écrit hier. Adieu.

