Cher ami,
Vos lettres sont parvenues et remises. Eh oui, Dieu est admirable. Du concile il résulte ceci que le Pape tient à laisser la discussion libre, mais la discussion libre, c’est l’ennui trônant au milieu des Pères, au-dessus des légats, en l’absence du Pape. Aujourd’hui, le schéma sur la foi a été renvoyé à la Commission(1), après que bien des évêques ont parlé pour, contre, sur, en dehors du pauvre dit. Il passera, je vous le garantis. On a présenté un schéma sur les évêques et les grands-vicaires(2). Cela ne fera pas de difficulté. 300 à 400 évêques demandent la définition de l’infaillibilité. Cela passera en partageant, je crois l’avoir écrit déjà. L’opportunité de la définition passera avec une majorité de 500 voix, la définition avec la presque unanimité, et nous nous en rapportons au Pape pour le reste, afin de filer au plus tôt.
La Gazette d’Augsbourg publie le schéma traduit(3). Il y a des Judas partout, même dans les imprimeries. Le Pape, hier, devant 1000 à 1500 personnes, commentant l’évangile du jour, a dit qu’il avait, lui aussi, à faire les affaires de son Père sans concessions, sans ménagements; qu’on lui conseillait des ménagements, mais qu’il ne se sentait point disposé à les accorder. On vous reproduira cela beaucoup mieux, mais enfin vous le saurez(4).
Eh oui, la situation est prodigieuse. Dieu fait faire place par les princes, et, croyez-moi, on a beau dire, il vaut bien mieux qu’ils ne soient pas au concile. En attendant, hier, a passé de vie à mort, le sixième Père, l’évêque d’Irenia(5). Non cè male. Les Pères sont avertis de se bien tenir. Quant à Dupanloup, il est plus triste que jamais. Le roi de Naples lui aurait dit: « Monseigneur, j’ai là vos deux derniers écrits, ils m’ont fait la plus vive peine ».
Adieu, cher ami. Rome est inondée par des torrents de pluie. J’attends une réponse du P. Picard à propos du collège de Brest. Totus tibi.

