Cher ami,
Depuis votre départ(1), nous avons passé par toutes les péripéties. En ce moment, nul ne peut dire ce que deviendra la France entre les Prussiens et les révolutionnaires. Humainement parlant, la Prusse doit nous écraser; mais Dieu peut nous venir en aide. Mais pourquoi nous aiderait-il? Personne ne se convertit. La révolution hurle, on la laisse faire. Que voulez-vous? Ce sera toujours ainsi. Les Pères Emmanuel, Alexis, Augustin sont de retour de Sedan, dont ils ont vu la honteuse capitulation. Les Pères Vincent de Paul et Pernet sont bloqués à Metz; j’ai eu indirectement de leurs nouvelles, il y a huit ou dix jours, par l’Internationale. Le P. Picard est à Paris, assiégé. Paris se défendra-t-il? Peut-être. Mais je crois qu’il sera écrasé, et franchement je ne le regretterai pas trop. Malgré tout ce qu’entraînerait une si horrible catastrophe, de quel foyer de corruption Paris n’est-il pas le centre? Puis, voilà Rome perdue pour un temps(2). D’où cette abomination est-elle partie, sinon de Paris?
Je crois imprudent d’acheter en ce moment(3). Ici tout le monde est ruiné; il faudra un effort suprême pour se relever. Aussi je vous engage à patienter. Quant aux Frères convers, donnez-leur l’habit, mais faites-leur réciter les rosaires indiqués pour les convers(4). J’approuve vos arrangements pour Soeur Valérie. Offrez mes hommages à Mgr Raphaël. Quant à Courtois, engagez-le à ne pas bouger; c’est le meilleur qu’il fasse le mort(5). La tourmente peut être fort courte. Ici nous aurons une rentrée assez pénible, mais nous ne nous décourageons pas.
Adieu, mon cher ami. Mille fois à vous du fond du coeur. Mes tendresses au P. Athanase. Francesco et Yvan vont recevoir ce matin la tonsure. Mille fois vôtre en N.-S.E.

