Voici (mais pour vous seule) une triste nouvelle. Ma nièce(1), surexcitée par le siège, est tombée dans un état qui, je crois, est tout bonnement la folie. Cela durera-t-il? Dieu seul le sait. Ce qui est sûr, c’est que les Carmélites, après m’avoir écrit en termes ambigus qu’elle était envoyée à Narbonne, l’ont ni plus ni moins fait partir pour Lyon, où elle est chez les Dames de l’Espérance. Il est probable que je passerai lundi par Nîmes(2). M’y arrêterai-je? Je n’en sais rien. Je tâcherai de vous faire prévenir. Peut-être pourrons-nous combiner un voyage ensemble. Faites bien prier, sans qu’on dise pourquoi. Mon neveu est admirable.
Il faut que je vous dise que, depuis quelque temps, je me trouve profondément maussade et j’ai été dimanche soir(3) vraiment stupide, quand vous m’avez dit de si bonnes choses. A ce moment, je souffrais horriblement et je n’ai rien su vous répondre, mais je vous assure que je vous trouve admirablement bonne de me supporter tel que je suis.
J’ai écrit à votre neveu(4). Je l’engage à arriver au plus tôt et je lui parle de la combinaison Varin.
Adieu, ma chère fille. Tout vôtre avec un coeur bien tendrement dévoué.

