Soignez-vous, je vous en prie, pour votre coeur, ma chère fille. Vous dirai-je que l’affection que Combal m’avait trouvée dans le temps m’est revenue ces jours-ci? Quant au F. Picard, je l’avais engagé à venir ici, il préfère aller à Paris, de là à la Salette. Je ne puis pas vous transmettre une autorité que je n’ai pas(1).
Le nom de l’Assomption vient aux Oblates, non de vous, mais de nous. Si nous changeons, elles ne demanderont pas mieux que de changer. Je le leur ai proposé, elles résistent. Et vraiment, si nos religieux vont à Nice jamais, faudra-t-il qu’ils changent de nom, parce qu’il y aura des Assomptionistes(2)? La grande différence c’est, outre le nom d’Oblates, celui de religieuses [missionnaires](3), et cette différence elles y tiennent, je puis vous l’assurer. Du reste, elles n’auront pas de quelque temps de prospectus, et je vois tant de gens prédire un échec complet (entre nous, j’y crois bien un peu) que je ne vois pas sujet de s’inquiéter.
Vous voyez que la Mère M.-Gabrielle, en exagérant les choses, a fait donner, entièrement à mon insu, une décision par Monseigneur(4) Il y aurait encore des ennuis plus désagréables que vous ne le pensez. Vous pouvez demander à Monseigneur ce que vous voudrez, je doute fort qu’il fasse plus que n’a fait l’évêque de Nancy. L’autorité ecclésiastique ne se mêle pas de ces choses. Vous le voyez par la quantité de Soeurs de Saint-Joseph, ou de l’Immaculée Conception, approuvées avec des règles différentes. Mais, je vous le répète, de même que vous avez échoué pour Nancy(5), je crains que vous n’échouiez pour Nîmes. Il y a bien des choses que je ne veux pas vous écrire et qui me prouvent que j’ai raison. Le nom des Oblates tout court prendra le dessus, et l’on sera bien aise de n’être pas Oblates de l’Assomption. Mais je vous laisse toute liberté de vous adresser à Monseigneur.
On a voulu un peu le Congrès malgré moi(6), et je me tiens en dehors, car je ne suis pas vaillant. Adieu, ma fille. Hélas! soignons-nous; puisque nous en sommes là.

