Je profite, mon cher ami, d’une névralgie qui m’empêche de faire autre chose, pour mettre au courant ma correspondance un peu en retard. Ayez la bonté de me faire faire par le P. Athanase, avec sa plume plus lisible que la vôtre et la mienne, un tableau des maisons des religieux et des Oblates soit à Andrinople, soit à Philippopoli. Il faut indiquer:
1° le but de la maison,
2° le nom des religieux ou religieuses,
3° les enfants qui fréquentent l’école, si c’en est une,
4° les ressources,
5° l’état moral.
En faisant votre tableau ainsi, je pourrai me faire une idée exacte de la situation(1). On ne passera pas dans le compte rendu de la cave au grenier, et l’on y verra clair. Du reste, on pourra modifier le plan de ces tableaux, si l’expérience montre qu’il y a mieux à faire. Je désire bien vous envoyer quelqu’un au plus tôt, mais le P. Adrien nous quitte et le P. André s’est échappé. Vous voyez que nous ne progressons guère.
La mort de Mgr Pluym(2) a donc été bien rapide; c’est une grande perte, et, avant de prendre la paroisse de Scutari, il faut y regarder à deux fois(3), d’autant plus que nous sortons des Bulgares et que c’est aux Bulgares qu’il importe de s’adresser. En restant dans nos limites, nous pourrons plus aisément poursuivre notre oeuvre, la conversion des Slaves. Voilà Mgr de Cabrières préconisé évêque de Montpellier; c’est une énorme affaire et j’ai les plus vives appréhensions. Enfin, il nous accorde une résidence à Montpellier et un alumnat à Montmau. Priez le P. Athanase de m’écrire lui-même ce qu’il pense des études de ses enfants. Nos petits alumnats ne vont pas mal; seulement les ressources font partout défaut. La soeur de Soeur Hélène est entrée chez les Oblates(4). On a dû vous envoyer 1.000 ou 2.000 messes; j’en ai pris 195 à votre intention, pour payer un compte que vous aviez chez les Oblates. Veuillez noter ces 195 messes, puisque le montant a été employé en objets dépensés pour vous. Je vous félicite de l’allocation de 2.000 fr. pour l’hôpital(5); voilà de quoi tirer un peu moins le diable par la queue.
Adieu, cher ami. Bien tendrement à vous.
E.D’ALZON.
Je crois peu aux menaces de guerre, du côté de l’Italie. Je crois, au contraire, à un relèvement de la France, mais les catholiques libéraux par Broglie et Dupanloup reprennent le dessus. La nomination de Cabrières n’a été obtenue que par la menace de la démission de M. de Larcy.

