Cher ami,
La situation se complique. Au moment où je vous écris, tous les curés de Nîmes ont signifié à leurs vicaires d’avoir à s’arranger pour la nourriture. Ce soir, le Chapitre s’est réuni et a pris une décision contre cette détermination, contre l’acte des curés. Corrieux est allé le lire à ceux-ci qui ont envoyé promener le Chapitre, disant qu’il n’était plus rien. Corrieux est descendu à l’assemblée capitulaire annoncer qu’on envoyait promener et Chapitre et chanoines. Ils ont été fort surpris et ont pris leurs chapeaux. De grâce, que cet état cesse par une prompte nomination d’un homme jeune et ferme! Moi vieux, je suis pour un jeune, s’il est bon. Conjurez le nonce d’insister pour Gervais. Le P. Laurent a prêché un carême chez l’abbé Belleville (1); il l’apprécie beaucoup, mais il met l’abbé Gervais à cent piques au-dessus. Si vous voyez le nonce, veuillez encore lui dire que le mal n’est encore qu’à la surface. Mgr Plantier a lâché les rênes du gouvernement à cause de sa maladie; mais s’il n’y a pas un esprit de vigueur dans la future administration, le danger peut s’accroître d’une façon irréparable. Guyol, à cause de son opposition à son évêque, sera exposé à des choses désagréables; s’il veut réformer, on lui reprochera son passé. Vous savez que les Nîmois ne se gênent guère. Ajoutons que, grâces à l’abbé Gilly, le chanoine qui a mené toute l’intrigue contre moi(2), tant qu’il a été directeur au grand-séminaire, il a perdu l’esprit ecclésiastique, que, supérieur au petit séminaire, il a étouffé comme à plaisir les vocations; d’où il résulte que les années correspondant à son supériorat laisseront le diocèse à peu près sans prêtre. Mais ce sera à mes yeux un moyen de retremper le clergé, parce que le manque de sujets permettra de parler clair aux curés qui auront besoin de vicaires, et d’envoyer dans de petits postes les jeunes prêtres dont on ne sera pas content. Sous ce rapport je ne suis pas le moins du monde inquiet, pourvu que l’on ait un bon évêque.
Totus tibi.

