Cher ami,
Ce que vous me dites me brise le coeur. Hélas! Notre-Seigneur trouve-t-il que son Eglise n’est pas assez humiliée? Je vous enverrai Francesco, dès que je le pourrai(1). C’est un garçon étroit, têtu, mais obéissant, pieux, solide, persévérant. Ivan vous viendra dès qu’il pourra être ordonné. Si Mgr Grasselli veut se contenter d’un prêtre peu instruit, mais très saint, Luigi sera à ses ordres. Peut-être dans la circonstance présente Luigi sera le meilleur remplaçant du Fr. François? Il sait parfaitement l’agriculture et franchement, ou j’ai la berlue, ou c’est un vrai saint; il jouit à Montmau d’une admirable réputation.
Prenez la dame française, dont vous me parlez(2). Pour elle je ferai une exception, je ne la ferai pas revenir en France. Servez-vous en, formez-la, donnez-lui l’habit; puis nous verrons à nous deux. Mais si on se plaint autour de vous d’une faveur, vous direz que vous avez des ordres. Je vois pour vous, si ce que vous dites est exact, un aide très puissant à votre disposition. Savez-vous le premier établissement que je voudrais voir former? Une maison à Odessa(3). C’est fort, mais c’est mon idée. Croyez qu’il y a là quelque chose à faire. C’est la Russie qui doit être notre point de mire, croyez-le, et les difficultés ne doivent pas être un empêchement. Qui sait si la personne en question ne pourra pas nous y être très utile?
Je ne sais que vous dire pour l’hôpital(4). Mme Baragnon, mère de Jules, est un peu folle; gardez cela pour vous. Admettez la fille légitimée. J’ai répondu à vos lettres précédentes. Adieu, bien cher. J’ai des ennuis par-dessus les yeux; je les offre pour l’Eglise. Vous savez qu’il a fallu chasser le P. Jean-Marie. Il vient de faire une retraite à la Trappe. Impossible de le reprendre comme religieux; mais sous le P. Athanase je crois qu’il pourrait aller comme très passable professeur, pourvu qu’il ne vît les enfants qu’en classe, jamais ailleurs.
Totus tibi.

