Cher ami,
J’ai reçu hier votre lettre. J’ai tenu, quoique ce ne fût pas affaire de Chapitre, à ce que les arrangements que j’ai décidés pussent être approuvés par la réunion(1), qui a accepté en principe la séparation des hommes et des femmes, des garçons et des filles. Je trouve qu’il y aurait les plus graves dangers en soi à prolonger un état pareil. De plus, la séparation amène à une maison de quatre prêtres à Kara-Agatch(2). Dès lors, vous aurez un vrai centre, on ne pourra vous refuser la chapelle. Par ce moyen tout deviendra normal. Mettez sur mon dos la décision que je ne veux absolument pas un collège de garçons et une maison de filles à Kara-Agatch, dans les conditions présentes. Nous aurions plus tard de très graves misères.
Il en est de même pour le noviciat des Frères convers et des Oblates; il faut une séparation. Le P. Athanase a beau dire que la séparation des appartements des maisons turques prévient les inconvénients, je ne puis m’y fier, et le Chapitre a été de cet avis.
Je suis heureux que l’état du P. Barthélemy ne soit pas ce qu’avait dit P. Alexandre. Quant à celui-ci, vous avez été un peu vite en accueillant sa demande. Il y a trois conditions: dix ans, la piété, la science; cette dernière lui fait défaut; n’en parlons plus. Dites-lui qu’il a été décidé que désormais il fallait des examens qu’il n’a pas subis(3).
J’irai à Rome en décembre, et je vous prierai de m’envoyer un rapport lisible sur ce que vous désirez. Le P. Picard a bien préparé les voies. Qu’est-ce qui chante dans la cervelle de la Soeur Marie des Anges? Je vous défends de lui dire que je sais quoi que ce soit, mais cette fille perd la boule. A cause de qui? Si vous ne la confessez pas, tâchez de me le dire. Elle se plaint de ce que je ne lui réponds pas au sujet d’une longue lettre qu’elle m’aurait écrite. Adieu. Je vais dire la messe.
E.D’ALZON.
Le Chapitre a décidé trois provinces: Paris, Nîmes, Andrinople. Vous êtes naturellement provincial d’Andrinople. Il paraît que l’on désire le gouvernement des Oblates par le supérieur général, à qui elles font leurs voeux, et la direction par les religieux, ceux-ci se contentant de désigner. Voilà ce que nous voterons ce soir, après avoir hier discuté la chose.
Je décachette ma lettre pour vous dire que le P. Athanase m’écrit de la Chartreuse qu’il veut se faire Chartreux(4). Vous voyez si j’avais raison de m’opposer aux directions prolongées. Toutefois, j’écris au supérieur des Chartreux, pour le prier de lui permettre de reconduire les deux jeunes prêtres et les Soeurs.

