Que les journaux rouges sont désagréables, ma chère fille! Pour moi, je vois une conspiration plus claire que le soleil. Qu’est-ce que la liberté de conscience, en face d’un cadavre qu’on prétend n’avoir jamais été uni à une âme? Qu’est-ce que la conscience sans âme? Qu’est-ce que la liberté de conscience sans conscience? Voilà où il faut en venir. Les journaux reproduisent vos rectifications. Je vais faire remettre une de ces explications dans le Midi, journal républicain de Nîmes qui a, paraît-il, parlé de vous(1).
Décidément je pars pour Rome le 2 janvier, à moins que mon évêque ne change d’avis. Il est bien possible que vous le voyiez à Paris, la semaine prochaine. Je n’ai pas encore vu le questionnaire de l’évêque de Montpellier. Il a été rédigé d’après Lucidi(2), de concert avec le supérieur du grand-séminaire, Lazariste, et par conséquent favorable aux religieuses. Je sais que l’évêque a dit que vous aviez été la seule supérieure à répondre comme vous l’avez fait. Et, au fond, vous savez bien que, tant que Rome n’aura pas donné des pouvoirs, ce dont je doute, en l’état je ne puis vous visiter qu’à titre bénévole. Il eût été peut-être préférable de ne pas mettre mon nom en avant, puisque canoniquement je n’ai aucun droit. Quant à Madrid, je tremble un peu. Dans tous les cas, je crains que les pensions royales ne vous soient pas servies très longtemps(3).
Avec tout [cela], je crois à un triomphe de l’Eglise, et avant un très long temps. Les catholiques s’affirmeront, et la persécution, en les épurant, les rend[ra] capables de beaucoup plus. J’assiste ici à un travail de décomposition et de recomposition, qui est bien précieux pour qui aime l’Eglise.
Adieu, ma chère fille. Priez bien pour moi, je vous le rends du fond du coeur.

