Cher ami,
J’ai reçu vos reliquaires de Rome, je vous les expédierai par le prochain départ du P. Ivan. Maintenant, que vous dire? Voilà les Russes qui approchent, et j’ai un mortel regret de ne pas vous avoir engagé à partir huit jours plus tôt. Les Oblates se plaignent de votre absence et elles ont un peu raison. Avec un peu moins de moeurs orientales, vous auriez [pu], en effet, être à Andrinople depuis huit jours. Enfin, vous y serez lundi; car vous ne vous éterniserez pas, j’espère, à [Constantinople](1).
Le P. Athanase m’écrit ses craintes au sujet du couvent du pope Nicétas; voyez s’il n’y a pas moyen de le sauver, maintenant les droits de propriété sur la tête d’une Française.
Le 20 juillet.
Je suis tout préoccupé de ce qui se passe à Andrinople. J’espère bien que vous ne perdrez pas votre temps à Constantinople(2), comme vous l’avez un peu perdu à Paris; car si vous vous étiez un peu hâté, vous auriez pu arriver sans difficulté huit jours plus tôt. Enfin, nous prions bien pour vous et pour tout votre monde.
Rien de nouveau ici. Dieu semble vouloir plonger l’Europe dans les ténèbres extérieures. Et l’on nous parlera de l’horreur des guerres du moyen-âge, qui étaient de château à château.
Adieu, cher ami. Donnez-nous les nouvelles que vous croirez possibles.Totus tibi.
E.D’ALZON.
Si je reçois quelque chose de vous aujourd’hui, j’en serai bien heureux.

