Mon cher ami,
Je viens vous demander un conseil. Je reçois une invitation générale de M. de Caulaincourt, et une invitation particulière de M. Champeaux d’assister au Congrès de Lille(1). Supposé que je sois débarrassé de ma fatigue nerveuse, ce que j’espère, ferai-je bien de m’y rendre? J’irai, il est vrai, à Paris(2), mais je n’aurai pas l’ennui de traverser en janvier le mont Cenis. En dehors de cette considération personnelle, je trouve qu’il faut insister sur les moyens de convertir le peuple. Deux se présentent.
1° Avoir de bons prêtres. Or, vous ne sauriez croire à quel degré de médiocrité tombent les prêtres dans nos pays.
2° Empêcher les instituteurs radicaux de faire dans les campagnes le mal qu’ils y font. Ce que produit de rouges un seul maître d’école est incalculable. C’est un vrai phylloxéra. Voilà mon dada pour le moment.
Or, où vaut-il mieux mettre cette question en branle? Dans le Pèlerin? Dans votre Comité? Dans le Congrès de Lille? Si vous dites à Lille, j’irai à Lille. Si vous dites au Pélerin, je préparerai une neuvaine pour le Pèlerin. Si vous dites au Comité, j’attendrai et nous en parlerons au Comité, quand j’irai à Paris. Mais répondez-moi à Lavagnac, où je suis encore pour huit jours.
Quelquefois je me dis que le temps de parler est passé pour moi, que je dois me contenter d’écrire, mais j’écris si mal! Si c’est affaire d’écrire, je n’irai pas à Lille. S’il faut ouvrir une campagne par un speech, Lille est un beau champ de combat. Réfléchissez et répondez-moi(3).
Tout à vous.

