Mon cher ami,
Je vais quitter Rome demain, tout préoccupé de n’avoir pas de vos nouvelles. Est-ce que les épidémies qu’on signale à Constantinople vont s’exercer sur la Bulgarie et sur Andrinople? J’en suis épouvanté, et je vous assure que je prie bien pour vous. Dites aux religieux et à nos Soeurs que ma préoccupation à leur égard est très grande. Nous avons à Nîmes deux religieuses, Soeur Eugénie, une de vos filles, et Soeur Marie des Saints, qui ne seront peut-être pas en vie, quand je retournerai. Il nous faut pourtant des ouvriers et des ouvrières.
Le 18.
Ma lettre a été interrompue, et je ne sais vraiment si j’aurai bien du temps à moi ce matin, avant mon départ. Quel moyen de communiquer? Voilà trois semaines que je ne reçois rien de Bulgarie, je vous assure que j’en suis bien inquiet. Je quitte Rome, plein des bénédictions et des encouragements du Saint-Père, et plein de la sympathie que m’ont témoignée Rampolla, Segna, Simeoni, Howard, Pitra, Franchi et Vannutelli. Il y a pour moi quelque chose de précieux.
Que les Anglais veuillent la guerre, c’est incontestable. On ne fait pas pour rien de tels préparatifs. L’encyclique n’a pas encore paru(1). On dit qu’elle est faite, mais on attend certains événements. Une personne parfaitement renseignée m’assure que M. de Bismarck va faire la paix avec l’Eglise sur le dos de la République française. Où allons-nous en France? A des massacres. Vous êtes plus en sûreté là-bas que sur le sol français.
Adieu, cher ami. Il faut s’arrêter. Ecrivez-moi à Nîmes. Croyez que je prie bien pour vous tous avec un coeur bien inquiet de ce que vous devenez.
Totus tibi in Christo.

