Père V. de Paul.
Bien cher ami,
Entendons-nous. Je trouve que le Pèlerin fait le métier de gagne-petit. Toutefois par son esprit il empêche beaucoup de mal, ce qui est un bien; mais s’il me semble faire un bien négatif, que fait-il comme bien positif? Pas très grand’chose, ce me semble.
Peut-il et doit-il aborder la politique? Ni l’un ni l’autre. Que faire? Du socialisme chrétien? Relever le culte de Dieu, l’observation du dimanche, le respect dans la famille, l’initiative dans les bonnes oeuvres. Voilà un programme possible. Si vous y ajoutez la chasteté et la justice, vous aurez fait merveille. Quand les hommes adoreront Dieu, observeront le dimanche, seront obéissants, ne voleront pas, seront chastes, feront des bonnes oeuvres en masse et se battront pour l’Eglise, ils auront fait bien du chemin. Mais peut-être faut-il le dire plus carrément que ne le dit le Pèlerin ?
Après cela, je me trompe peut-être. Mais les gens qui ne se doutent pas de ce qu’on leur dit sont exposés à rire des plaisanteries d’un homme de beaucoup d’esprit, mais à ne pas deviner son but(1). Peut-être je me trompe.
Nous voilà bel et bien battus. Qu’allons-nous faire? Que ferez-vous? J’écris au P. Picard, mais ma lettre à lui est aussi pour vous(2).
Tuissimus.

