Mon bien cher ami,
J’ai été tout heureux de recevoir votre lettre. Les détails qu’elle contient me servent beaucoup pour juger de ce que nous pouvons faire(1). Il me semble que Dieu finira par ouvrir l’Orient à la vérité. Hâtons ce moment par nos prières, et pour cela prions avec cette foi qui renverse les montagnes.
Ici nous sommes, dit-on, sur un volcan qui ne tardera pas à faire éruption. Je ne crois pas que l’explosion ait lieu aussi promptement que quelques-uns le prétendent, mais s’il fallait fuir, bien sûr, pour mon compte, j’irais en Bulgarie. Il me semble que ce serait le meilleur, et je n’y irais pas seul, je prendrais avec moi bon nombre de nos jeunes religieux. Mais nous n’en sommes pas encore au point de la persécution religieuse. Les républicains se mettent à se manger entre eux. C’est la guerre aux places. Ils renversent les anciens partis, mais qui mettront-ils? Ou plutôt ils veulent tous des places. Tout le monde veut être ministre. Or il n’y [en] a pas pour tous; de là les fureurs(2).
Adieu, bien cher ami. Tournons-nous vers Dieu et espérons en lui, et en lui seul. Bien vôtre et à votre frère du fond du coeur.

