Cher ami,
Je viens d’écrire au P. V[incent] de Paul une lettre sur la presse, avec communication d’une lettre de M. du Fougerais très importante, si l’auteur est un homme sérieux, ce que vous savez mieux que moi.
Voici une lettre de l’évêque de Nîmes, à laquelle je ne m’attendais pas. Elle me fait venir l’idée de lui suggérer un thème d’audience, qu’il doit avoir d’ici à peu. Je raisonne ainsi. Partant d’une observation du P. V[incent] de Paul que les oeuvres délaissées du gouvernement peuvent devenir une puissance, si on les soutient, je conclus: « Il faut les soutenir ». Comment? Par la presse populaire. Comment fournir du pain à cette presse? Par des oeuvres analogues à celle de l’abbé Schorderet(1). A cela tous les orphelinats de filles qui manquent d’ouvrage peuvent servir, si on sait les diriger. Que manque-t-il? De minimes avances et quelques ouvrières. Pas plus que cela. On trouvera bien un vieil ouvrier typographe qui formera des orphelines à l’apprentissage typographique. Il me paraît que ce serait admirable. Je vous donne le résumé de ce que j’ai développé à l’évêque de Nîmes(2). S’il en parle, ce sera un premier jalon posé; s’il n’en parle pas, nous verrons quand j’irai à Rome. Car enfin, il faut se tenir prêt, et une presse populaire à bon marché soutenant les oeuvres catholiques indépendantes me semblerait le comble de la perfection.
Je suis très enrhumé et ne quitte pas, depuis sept à huit jours, le coin de mon feu. Je prépare une série d’instructions que je donnerai en Carême, ici, et que je rajusterai pour le noviciat.
E.D’ALZON.
Si vous voulez que je touche ces questions dans le Pèlerin, je suis prêt. Son succès s’accentue tous les jours, ici. La boule de neige.

