Cher ami,
Je suis ravi de vous savoir de retour de votre course(1). J’en veux un peu au P. Galabert, après ce que je lui avais dit, de n’avoir pas fait plus effort pour arriver à Nîmes deux ou trois jours plus tôt. Vous avez bien fait de mettre P. Jean-François à Arras, pourvu qu’avec sa bonne opinion de lui-même, il ne fasse pas trop de sottises. Le P. Halluin ne le bridera jamais assez. Je suis bien aise que vous ayez parlé, comme vous l’avez fait, au P. Joseph, qui abusait un peu de la permission de former ses enfants à l’irrégularité(2). De grâce, tenez ferme.
J’ai fait venir pour la retraite P. Paul et P. Alexis. P. Pierre est ici, en attendant son départ pour le Vigan. Nous avons de très sérieuses conversations sur les alumnats. J’espère que peu à peu celui d’Alais nous donnera l’an prochain 15 ou 16 novices, l’année suivante 20 ou 25. Si nous avions un peu d’argent, ce serait facile. P. Paul peut tenir en main 40 enfants; il a plus de 100 demandes, il choisira. Il pourra aussi envoyer des sujets au Vigan. L’évêque de Mende est bien aise de nous voir chez lui; Mgr Fava se pose à Grenoble comme notre ami (3). Peu à peu, j’entrevois la possibilité d’alumnats nouveaux dans l’Isère et dans l’Ain. Pauvre P. Géry, de quitter la philosophie(4)! Mais va-t-il angarier le P. Joseph dans sa régularité?
Gardez-vous bien d’adresser une supplique au Pape. Ce n’est ni plus ni moins qu’une habileté et un piège, vous y tomberiez. Je sais les ficelles. Le Pape renverrait au card[inal] vicaire qui refuserait. Ne vous fiez pas trop à certaines gens(5).
J’ai vu votre père aujourd’hui, il va bien. On me dit que vous devez venir. Tant mieux! Je vous amènerai un peu plus tard, quand j’irai à Rome, où je vous voudrais avec moi. Mais nous pourrions nous retrouver à Gênes. Le prieuré me fait l’effet d’aller bien. J’ai vu une fois Mère Térèse-Emm[anuel]. Je lui ai dit qu’entrant en retraite, je l’irais voir toutes les fois qu’elle me voudrait. Elle s’en tire toute seule. Tant mieux! Le P. Laurent jubile d’être débarrassé de la corvée et P. Brun de venir à Nîmes(6). Quant à votre voyage, reposez-vous bien. Remerciez M. et Mme de Damas, de ma part, de vous prendre à leur infirmerie(7).
Adieu, cher ami. Tout vôtre en N.-S.
E.D’ALZON.
Vous ne me dites pas votre impression relative à la lettre du P. Lanteri; elle me semble parfaite.

