Bien cher ami,
Je suis tout heureux d’apprendre que vous allez mieux, mais ne vous faites pas illusion. Il vous faut beaucoup de grand air, peu d’études et quelques distractions; sinon, vous retomberez bien vite.
Les Soeurs ont refusé 60 francs, que la personne chargée de les accompagner à Marseille avait emportés pour elles. Demandez à Soeur M.-Henriette si ce n’est pas vrai. Après cela, je suis convaincu que ces bonnes filles avaient de l’argent. On a rendu ici à la supérieure l’argent refusé. Il est très vrai que toutes les Soeurs finissent par aller en Bulgarie, conformément à leur voeu. C’est une preuve pour celles qui viendront plus tard qu’il n’y a pas à se faire illusion, et croyez que c’est une très bonne chose. Quant aux murmures, on s’y attendait. Le collège(1) était un petit foyer d’opposition; j’aime autant qu’il soit à Andrinople. A mesure que les vieilles s’affaibliront, vous les enverrez à Soeur M.-Véronique, et le reste des Soeurs se renouvellera peu à peu. Je vous préviens que Soeur M.-Henriette est loin d’être une fille franche. La distribution des Soeurs, telle que l’envoie Soeur Jeanne à la supérieure, est très bien. Seulement, soyez ferme et coupez court aux cancans qu’on viendra vous faire; ne perdez pas votre temps avec les tripoteuses, et il y en a parmi les dernières arrivées.
On paraît vouloir nous donner jusqu’au mois de novembre pour nous en aller, peut-être un peu plus. Je tâcherai de vous envoyer par le P. Alexandre une Bible en gros caractères et un bréviaire in-4°. Le P. Picard est très souffrant du même mal, que j’eus il y a 26 ans; Il ne le comprend pas et cela m’inquiète beaucoup.
Nous n’avons pas de nouvelles demandes pour les noviciats, mais ce n’est pas étonnant au temps présent. Nous avons besoin de grands saints; un seul saint ferait plus que 100 religieux médiocres.
Adieu, cher ami. Soignez-vous, tout en vous sanctifiant, et croyez-moi bien tendrement vôtre en N.-S.
E. D’ALZON.
Remerciez bien le P. Ivan de la manière dont il m’écrit.

