Ma chère fille,
Je n’avais pas reçu votre lettre adressée à Nîmes, quand je vous ai écrit pour vous parler de l’idée de céder l’Assomption de Nîmes(2). Mes parents paraissent le désirer assez vivement, mais je crois qu’il faut lancer l’idée en avant, sans avoir l’air pressé. Voyez un peu, ma bonne fille, je ne suis pas du tout fâché que vous ayez quelques petites angoisses(3). Heureusement le repos les dissipe. Je vous assure que je ne me plains pas des miennes, et même je crois qu’il me manque quelque chose, quand elles me laissent tranquille.
Je crois être à Paris vers le 1er mai. Toutefois, si mon médecin ne veut pas m’envoyer aux eaux pendant le mois d’avril, je vous arriverai peut-être plus tôt. J’ai parlé trois minutes dans la chapelle de vos filles. Cela ne m’a pas fatigué(4). Ce que vous me dites de M. Frédro ne me surprend pas, vous ne connaissez pas Saint-Sulpice(5).
Veuillez dire à M. Louis(6) quel bon souvenir je conserve de nos trop courtes conversations. Attirez-le à Paris, vous le tiendrez et maintiendrez. Je prierai de tout coeur pour la Mère M.-Ignace(7) et pour la mère de cette bonne Soeur M.-Marguerite(8). J’ai été très content de vos filles de Nîmes; seulement Soeur M.-Walburge m’a paru un peu moins ouverte(9), mais je n’ai pu distinguer si c’était par discrétion ou par rancune. Il m’a paru qu’elles sont toutes très édifiantes.
Adieu, ma fille. Je vous écris un peu en courant.

