Ma chère fille,
Je vous ai écrit ce matin. Depuis, j’ai reçu une troisième lettre de vous par le P. Brun. Laissez-moi vous dire combien je suis touché de vos bonnes dispositions pour nous et de celles de vos Soeurs. Dieu nous mène en ce moment par de rudes épreuves. Le courage ne me manque pourtant pas trop; votre affection, que je trouve si pleine, m’est un grand appui. Je vous avoue pourtant que je ne veux pas trop m’y arrêter, pour me donner toujours plus à Notre-Seigneur, mais je n’en sens pas moins tout le prix de votre coeur, et je crois bien que je paye ma dette avec le mien.
Pour la lettre que demande M. Berth[omieu], il faut aller doucement.(2) Si la maison se vend de 550.000 à 600.000 francs, nous ne serons pas si mal dans nos affaires. Et puis, qui gagne du temps gagne tout. Je verrai M. Berth[omieu] dans deux ou trois jours.
Vous ai-je écrit que je passerai ici jusqu’au 12? J’irai à Genève, et, de là, vers le 18, à Paris. Si nous pouvions nous installer pour le jour de la Présentation, ce serait parfait. J’ai vu aujourd’hui M. Giéra.(3) C’est un clerc de notaire, de 33 ans. Je crois lui avoir fait bonne impression, il ne m’a pas produit le même effet. Il tient aux constitutions pures et simples des Augustins, je ne partage pas son avis. Toutefois il peut se faire que, d’ici à 2 ou 3 jours, ses idées se soient modifiées, parce que, sauf cela, tout lui allait à merveille. Nos Frères d’ici sont, ce me semble, dans de très saintes dispositions. J’ai quelque espérance que le bon Dieu n’abandonnera pas ces pauvres enfants.
Je dois vous dire que l’ignorance absolue de vos filles pour soigner les malades a frappé plusieurs personnes. Peut-être y aurait-il quelque chose à faire, si ce que quelques-uns des nôtres m’ont dit est vrai.(4) Je ne parle pas de Mme Baragnon qui m’a bien encore porté quelques doléances, mais avec tant de coeur que je n’y insiste pas. La petite Soeur, qu’on n’a pas encore voulu me laisser voir, va mieux.
Adieu, ma fille. Voici un mot pour Juliette. Dites à nos Soeurs combien je leur suis reconnaissant de leurs bonnes dispositions pour nous.
Tout vôtre en Notre-Seigneur.

