Mon cher enfant,
J’ai un grand remords de ne vous avoir pas écrit un mot depuis longtemps. Les histoires que le P. P[icard] vous a racontées ont dû être pour vous l’explication de mon silence(2). Au milieu de nos épreuves, bien des choses semblent s’arranger. Ainsi les Frères convers vont très bien, nous les avons ici. Le Chapitre ne peut être tenu à mon grand regret(3), mais bien de bonnes habitudes se prennent et deviennent une règle. Priez Dieu qu’il ne s’en prenne que de bonnes et que les mauvaises disparaissent.
Quant à vous, mon cher enfant, souvenez-vous que votre sanctification consiste dans de grands efforts sur vous-même. Votre nature vous porterait, ce me semble, à une certaine pieuse nonchalance qui fait illusion à bien des gens. Ne vous y laissez pas aller. Faites de continuels efforts: efforts de présence de Dieu, efforts d’humilité, efforts de bonne tenue. Que votre vie soit une lutte. Vous préparez tous les matins le Pain des forts. Qu’on s’aperçoive que vous en êtes nourri.
Continuez vos études canoniques. Nous aurons, plus tard, besoin de toutes vos recherches. Nous aurons surtout besoin que vous ayez des notions générales, à l’aide desquelles vous puissiez vous livrer à certaines investigations et nous préparer un cours d’histoire ecclésiastique, de théologie, de droit canon, etc.
Adieu, cher ami. Tout à vous de coeur.
E. D’ALZON.
Mille souvenirs au P. Chaillot. Dites-lui que je serai à Nîmes, à partir du 14 octobre(4).

