Ma chère fille,
Voici quelques détails, dont vous ferez au besoin votre profit.
Les demoiselles Montaudon ont eu un héritage de 1.500.000 francs à partager entre quatre, 750.000 francs à elles deux. La mère veut marier Nathalie. Alix déclare que si sa soeur se marie, elle se fait assomptiade. C’est Mlle Dubosc, qui, au retour des environs de Bordeaux où est le château habité par ces deux dames, m’a appris cela. Quant à elle, elle voudrait se faire Carmélite, si sa santé le lui permet. Je l’ai engagée à venir faire une retraite de quelques jours au prieuré. Si le vent lui tournait vers vous, faut-il le favoriser? Elle a 45 ans; c’est une tête. Voyez et répondez.
Je vous enverrai une lettre par un de mes cousins, M. Daude(1). C’est un jeune homme d’une paresse insigne, mais certainement une des plus belles intelligences qui aient passé par l’Assomption. Sept à huit personnes, pendant les vacances, sans s’être entendues, lui ont dit qu’il était fait pour le sacerdoce. Cela le frappe d’autant qu’il en est très préoccupé, sans en rien dire. Ce serait pour nous une très belle acquisition. Il vous parlera, si vous pouvez lui donner du temps.
Priez et faites prier pour que Dieu nous donne notre professeur de philosophie. C’est un jeune ecclésiastique, licencié ès lettres, très intelligent, très pieux, passionné pour l’étude(2). Il a charmé M. Durand, M. de Cabrières et moi. Je crois que déjà il a quelques idées de nous venir, mais il faut prier.
J’ai eu ou plutôt j’ai essayé d’avoir une conversation sérieuse avec Soeur M.-Walburge. Il est impossible d’être plus aimable et plus raisonnable. Je l’ai prise par tous les bouts; elle s’échappe toujours par une plaisanterie.
Adieu. Je suis court, mais je veux que cette lettre arrive avant M. Daudé. Tout vôtre en Notre-Seigneur. On me dérange.

