Ma chère enfant,
Le genre humain a attendu le Messie 4.000 ans, les Hébreux 40 ans la Terre Promise; je trouve que vous pouvez attendre le couvent deux ans, d’autant plus que je vous permets d’être, comme Daniel, une fille de désirs(1). Si vous êtes heureuse d’être ma fille, je ne suis pas moins heureux d’être votre père. Seulement, il faut que ces relations nous sanctifient, et pour cela je vous demande de vous exercer dans vos communions à la joie du sacrifice, c’est-à-dire à la joie d’immoler à Dieu tout ce qui vous répugne. Si vous sacrifiez, toutes les vingt-quatre heures, ce que vous prévoyez vous être ennuyeux, si vous le sacrifiez gaiement, je vous promets l’esprit de joie pour toute votre vie. Même au milieu des plus grandes épreuves, faites des efforts que je vous demande, une question d’amour envers Notre-Seigneur, et vous verrez les fruits que vous en retirerez.
Veuillez demander à notre vénérable abbesse(2) si elle pourrait placer dans les bureaux de la mairie d’Alais ou ailleurs un protestant converti, d’Anduze, boulanger de son état, très brave homme, sachant écrire et ne pouvant rester dans son pays, depuis qu’il est catholique; sa femme, ses filles ont abjuré. Il a un petit garçon qui abjurera également, s’il ne l’a fait. Il se nomme Atger, et si la R[évéren]de Mère abbesse peut le placer, elle ferait bien d’écrire à M. le curé d’Anduze qui attend impatiemment une réponse(3).
Veuillez offrir mes hommages à Mme Varin et croire, ma chère fille, à mon bien paternel attachement.

