Hélas! ma bien chère enfant, je viens de passer devant Orléans et je ne m’y suis pas arrêté. Figurez-vous que je n’ai passé que quatre jours à Paris? Arrivé jeudi dernier, j’en suis reparti avant-hier(1). Je ne sais plus quand je pourrai vous voir; c’est désolant. Quant à moi, je vais à Nîmes jusqu’au mois de mai, peut-être à cette époque irai-je à Rome. Vous devriez y venir pour la canonisation des martyrs franciscains.
Vous ne me dites pas assez si vous êtes meilleure. C’est très beau de faire le catéchisme, et, pour ma part, cette aumône-là me semble bien préférable à l’aumône matérielle d’un morceau de pain ou d’un vêtement. Malheureusement, tout le monde ne voit pas ainsi. On se livre à la charité philanthropique, on oublie la charité chrétienne, comme si aujourd’hui la grande famine n’était pas la famine de la vérité.
Quand revenez-vous dans le Midi? Il me semble que vous avez quelque chose à y faire. Puisque Mme de Chazelles vous a pris votre nièce(2), il me semble que vous pourriez songer à votre neveu. Il est si gentil, et il annonce de si bonnes dispositions! Ce devrait être pour vous un aimant qui vous attirât un peu plus à Nîmes.
Adieu, ma chère enfant. Songez que je prêche trois fois par jour, et comprenez pourquoi je m’arrête. Tout vôtre bien paternellement.

