Vous avez ma première visite au sortir de la retraite(1), où j’ai bien pensé à vous, ma chère fille. Merci de ce que vous me dites de l’év[êque] de Mont[pellier]; il calomnie indignement mon évêque, s’il prétend qu’il y ait eu autre chose que l’affaire de Lunel, où le maire et le curé le conjurèrent de dire deux mots. Lui ne s’attendait à rien là, quoiqu’il se fût attendu à un peu mieux chez l’évêque de Montpellier, qui avait positivement reçu le billet de l’évêque de Digne, la veille, et qui cependant ne servit à ses deux collègues qu’une omelette et du veau froid (2).
Monseigneur pense que Sainte-Foy est de beaucoup préférable. Mais j’ajoute: « Il y a là tant de communautés. Vous y laissera-ton pénétrer? », à moins que les Dominicains d’Oullins ne vous donnent les soeurs de leurs élèves(3). Il m’est évident qu’il y a du tripotage contre vous autour de l’archevêque de Reims, mais il me semble évident que le clergé vous vient. Dès lors, j’opine plus que jamais pour Sedan, et pour qu’on dise que vous le maintenez définitivement(4). Le bruit se répand qu’au bout de ses six ans(5) vous allez reprendre Soeur Fran[çoise]-Eugénie. Quand cela serait, il serait, je crois, dangereux de le dire à l’avance. Cela fait mauvais effet. Voyez s’il y a moyen d’arranger cela.
Adieu, ma bien chère fille. J’ai bien prié pour vous et j’espère que Notre-Seigneur me donnera de faire à votre âme beaucoup de bien. C’est, du moins, ce que je désire bien tendrement.

