Cher Seigneur
Rassurez-vous sur le compte de votre protégé. Dans le noviciat il y a des prêtres de 45 ans, il y a des jeunes gens de 20 ans dont on est très content.
Quant à votre jeune homme (1), voici la vérité. Nous le gardâmes à Nîmes quelque temps, mais son argot était tel que nous le trouvâmes dangereux. Il fallut l’envoyer au noviciat. Pour le dire en passant le climat y est à coup sûr plus chaud que celui de la Normandie. Mais voici la grosse difficulté. Il s’était donné pour assez instruit. Or tout son travail d’une semaine a consisté à étudier une déclinaison qu’il n’a pas sue. Que l’on se soit un peu fâché de cette paresse, peut-on s’en étonner? De plus, passez-moi encore le mot, il se perdait en blagues. Que ce genre ait déplu au noviciat, quoi d’étonnant? En même temps que lui, arrivait un prêtre de 45 ans et un zouave de 20 qui tous les deux ont été élevés hors de l’Assomption, tous les deux ont pris parfaitement le ton, le genre, l’esprit de la communauté. Le prêtre a été admis à la vêture sur le champ. Le zouave va recevoir l’habit de mes mains dans huit jours (2). Vous voyez qu’on n’est pas si méchant envers les étrangers. Je vais plus loin: des Bulgares de Bulgarie (3) arrivés depuis un mois à peine avant M. Maze recevront l’habit parce que quoique très étrangers, je pense, et élevés à deux mille lieues de l’Assomption, et avec un genre tout différent, ils ont au fond de l’application et surtout de la modestie. Quant au P. Hippolyte il a toujours été trop aimé des élèves et des novices pour que l’exception ne serve pas uniquement à confirmer la règle.
J’ajoute pour votre consolation que depuis le moment où M. Maze vous a écrit, j’ai eu sur son compte de meilleurs renseignements. Veuillez donc vous rassurer (4). Du reste je le verrai dans trois jours et s’il y avait du nouveau je vous en ferais part. Mgr Mermillod nous a prêché une magnifique retraite. Dieu veuille que les dispositions qu’il a inspirées soient durables.
Veuillez croire mon cher Seigneur à mon plus tendre attachement en N.S.
E.D’ALZON
Veuillez me pardonner mon immense pâté, je n’ai pas le temps de me relire.

