Ascension à Notre-Dame de Rochefort du Gard.

En 1849, durant les vacances scolaires, le P. d’Alzon organisa un pèlerinage à Notre-Dame-de-Rochefort. Il se mit en tête du groupe. A 3 heures après-midi, on récita les prières de l’itinéraire dans la chapelle de l’Assomption, puis on se mit en route d’un pied léger, le cœur plein d’ardeur. Le Père ne marchait pas, il courait; avant d’arriver à l’auberge de Lafoux, où nous devions souper et dormir quelques heures, nous étions littéralement éreintés par une marche à la vapeur. De fait, le souper fut contraire à quelques-uns; deux d’entre eux eurent à ‘jeter leur cœur sur la pierre’. Le Père força un élève à prendre son lit tandis que lui se contenta de la descente de lit, d’un vieux coussin de fauteuil et d’une couverture. A trois heures et ½, à jeun, on traversait le Gardon et on montait vers Rochefort. Il était évident que le Père souffrait; il traînait le pied et gardait le silence pour la méditation. Nous le vîmes s’asseoir sur un tas de pierres. La lune brillait; à sa lueur, on examina les pieds du pèlerin. On s’aperçut qu’il était chaussé de souliers neufs, trop étroits, qui avaient blessé ses pieds. M. Ferry fendit l’empeigne en lanières à la façon des espadrilles. Enfin nous arrivions au pied de la sainte colline. Le Père voulait absolument monter pieds nus; à l’unanimité on s’y opposa, on réussit à l’empêcher non sans peine. Il célèbra la messe avec une dévotion touchante, après nous avoir demandé d’unir nos prières aux siennes pour l’accomplissement d’un vœu qui l’avait amené au sanctuaire de la Mère de Dieu. Nous pensèrent qu’ils s’agissait de sa Congrégation religieuse encore à l’état rudimentaire. Après le dîner, le Père et 4 compagnons se dirigèrent vers la Chartreuse de Valbonne. Ils revinrent à Nîmes par un chemin poudreux et interminable, brûlés par le soleil, fort éclopés, mais heureux d’avoir accompli un pèlerinage qui leur laissait dans l’âme d’impérissables souvenirs