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Vincent de Paul Bailly, homme des médias

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(1832-1912), fondateur des oeuvres de presse de l'Assomption, assistant général.

Un vrai 'titi parisien', fils chéri du P. d'Alzon.

Vincent de Paul naît le 2 décembre 1832 à Berteaucourt (Somme), second des six enfants Bailly. Selon la coutume de son milieu, il est éduqué à Paris par deux précepteurs à domicile, les abbés Vivier et Lenglet. Il passe son baccalauréat ès-lettres en août 1848, avec dispense d'âge et ès-sciences en 1853, en suivant les cours à Saint-Louis. Il se prépare à entrer à l'école polytechnique, mais, admissible, il n'est pas reçu. Il entre en 1852 dans l'administration des télégraphes.

Dès sa jeunesse, il participe aux conférences Saint-Vincent de Paul dont il est membre du Conseil central en 1855. Travaillant sur Nîmes ( 1853), il loge au collège de l'Assomption. C'est en juin 1860 qu'il suit une retraite sous la direction du P. d'Alzon, laquelle décide de sa vocation: le 21 octobre suivant, il reçoit l'habit des mains du P. d'Alzon à Nîmes.

En décembre 1860, à Paris, au chevet de son père malade, le Frère Vincent de Paul découvre, lors d'une course dans le quartier, le terrain à lotir de la rue François Ier qu'il propose au Père d'Alzon. Son noviciat écourté avec dispense, il prononce ses vœux perpétuels le 31 octobre 1861. Sa formation théologique est tout aussi accélérée, de novembre 1861 à juin 1863, à Rome où il est ordonné prêtre le 1er janvier 1863.

Très vite, il est happé par les responsabilités: le P. d'Alzon qui l'aime comme un fils de prédilection, apprécie cet esprit vif et entreprenant, porté comme lui à l'action imaginative et aventurière qui ne craint ni la poudre ni le danger. Il le nomme directeur du collège de Nîmes (18631867).

Sur les chemins de l'aventure.

Bailly au milieu des zouaves pontificaux. Le P. Vincent de Paul étouffe entre les murs d'un collège. Le P. d'Alzon le libère et lui fait confiance: en novembre 1867, voilà le P. Vincent de Paul aumônier des zouaves pontificaux et en 1869 dans son élément parisien, à la rue François Ier. Il se porte aumônier volontaire à l'armée de Metz en 1870 et il est interné à Mayence avec les soldats prisonniers.

Il rentre à Paris le 18 mars 1871, jour d'entrée en scène de la Commune. Commence pour lui une période très vive où son génie créateur se trouve à l'aise dans l'impulsion de nouvelles oeuvres à faire naître dans l'opinion publique: les Orphelins de guerre (1871), les Congrès, la rédaction de bulletins, les associations (1872) et les pèlerinages (1873). En janvier 1877, il prend en main la direction d'un modeste bulletin, Le Pèlerin, qu'il transforme par l'illustration et qu'il développe à l'intérieur d'une véritable centrale de presse: en peu d'années, sont créés une trentaine de titres dont le journal La Croix (1883).

Un journaliste-né.

Esprit curieux, très observateur, passionné des techniques en pointe

A la cinquantaine, le P. Vincent de Paul trouve en effet la veine qui va le rendre à la fois célèbre et mortel, l'apostolat par la presse. Esprit curieux, très observateur, passionné des techniques en pointe, il se lance avec le soutien du P. Picard dans un travail acharné de rédaction et de création de titres qui n'épuise pourtant pas toutes ses capacités de voyageur-pèlerin- prédicateur. Levé vers 4 heures, il se couche rarement avant minuit, trouve le temps d'accomplir ses exercices religieux et de mener de concert ses innombrables activités. Notre-Dame de France lui doit sa construction et sa revue des Croisés du Purgatoire, la rue François Ier la construction de la grande chapelle (1899).

Mais le pouvoir républicain prend ombrage et prétexte de cette puissance d'opinion publique que devient la Bonne Presse, engagée de façon malheureuse dans la controverse anti-dreyfusarde et sur le plan électoral dans le camp conservateur. Avant le vote de la loi sur les Associations (1901), l'Assomption est frappée; depuis les perquisitions du 11 novembre 1899, elle est dans la ligne de mire du pouvoir qui obtient, au prix d'une campagne de presse très orchestrée, de Rome même, sinon son élimination, du moins son éloignement. Le P. Vincent de Paul est sacrifié: condamné au procès des Douze (1900), il doit briser sa plume (29 juin 1900). C'est la route de l'exode et de la retraite qui l'attend: Gemert en Hollande, l'Orient (1903).

En 1905, il peut rentrer à Paris, bénéficiant de l'amnistie qui touche les religieux, et y vivre isolé, d'appartement en appartement. Sa dernière manifestation publique est sa participation au chapitre général tenu à Limpertsberg (Luxembourg) en novembre 1912. Depuis 1909, il est très affaibli et a besoin constamment d'un secrétaire, lui qui a usé tant de plumes! Il ne cesse pourtant de donner de nombreux articles aux revues qu'il a fondées.

Il meurt à Paris, le jour de ses quatre-vingts ans, le 2 décembre 1912. Ses obsèques sont célébrées le 4 décembre suivant, en présence d'une foule immense.
La Cause du P. Vincent de Paul a été ouverte en cour de Rome.

Evocations.

"Lors de l'insurrection de juin 1 848, tous les hommes valides furent appelés sous les armes. Vincent de Paul fut incorporé dans les gardes nationales et passa bien des nuits au corps de garde, en patrouille et aux postes avancés du côté de Montparnasse, placé en sentinelle perdue dans cette plaine vague à l'époque. Esclave de la consigne, il arrêta sa mère revenant de la messe et passant à un carrefour condamné...".

Le P. Vincent de Paul Bailly est surtout connu comme journaliste et directeur de la maison de la Bonne Presse. Les épisodes de sa vie les plus ressassés évoquent les querelles politico-religieuses de la fin du XIXème siècle où sont, à juste titre, brocardés son antisémitisme, sa lecture moralisante des événements sociaux et la faiblesse de ses commentaires théologiques, très imprégnés de cet accent d'un autre âge, volontiers apocalyptique.

Il ne faut pas oublier cependant que le Moine, son pseudonyme le plus courant, fut un grand précurseur dans l'utilisation de ce moyen de communication nouveau qu'était la presse dans le monde catholique, plus à l'aise, lui, dans les traités savants que dans le combat de l'actualité.

Bibliographie et documentation

  •     Lettre à la dispersion 1912, n° 172, p. 701704; n° 173, p. 705712; n° 174, p. 713720; n° 177, p. 733736.
  •     L'Assomption 1913, n° 192, p. 36; n° 199, p. 116118; n° 203, p. 181183; 1914, n° 204, p. 58; n° 205, p. 2123; n° 206, p. 3638; 1914, n° 208, p. 6872; n° 211, p. 117119; 1960, n° 520, p. 332.
  •     Pages d'Archives 1957, n° 5 et 1963, n° 1 et 2.
  •     Notice par le P. MarieAlexis Gaudefroy.
  •     Biographies du P. Kokel, 1943:
  •     Lacoste (Baudouy), 1913,
  •     Michel Guy, 1955;
  •     Colette, 1957.
  •     Lettres d'Alzon, t. XIII, 1996, p. 435436.
  •     Catholicisme, I, col. 11651166;
  •     D.H.G.E., VI, col. 265266;
  •     D.B.F., IV, col. 13591361;
  •     Echos d'Orient, XVI, p. 1627.
  •     Pages d'Archives, mars 1957, n° 5.
  •     Chronologie et luttes de presse par A Pépin (Castel), 1962.
  •     Les écrits du P. Vincent de Paul ont été dactylographiés pour l'introduction de sa cause et forment une collection de 30 volumes (ACR).
  •     Le Père Vincent de Paul Bailly (1832-1912), Fondateur du Pèlerin, de La Croix et de la Maison de la Bonne Presse (Patrick Zago.)

Ce texte provient de : P. Jean-Paul Périer-Muzet, Notices biographiques des religieux de l'Assomption, 1850-2000, Tome premier, lettres A-C, pp. 115 & 116.