MEDITATIONS – Sage, ECRITS SPIRITUELS

Informations générales
  • ES-0318
  • MEDITATIONS
  • DEUXIEME MEDITATION JESUS-CHRIST ET LE RELIGIEUX EN RETRAITE
  • Sage, ECRITS SPIRITUELS
Informations détaillées
  • 1 AMOUR DE JESUS-CHRIST POUR LES HOMMES
    1 AMOUR DU CHRIST
    1 AUTEURS SPIRITUELS
    1 BAPTEME
    1 BEAUTE DE JESUS-CHRIST
    1 BIEN SUPREME
    1 BONHEUR
    1 CHRIST CENTRE DE LA VIE SPIRITUELLE
    1 DIEU LE FILS SOURCE DE L'ESPERANCE
    1 EFFORT
    1 ENFANCE DE JESUS-CHRIST
    1 ESPRIT FAUX
    1 ETUDE DES MYSTERES DE JESUS CHRIST
    1 ETUDE DES PERFECTIONS DE JESUS-CHRIST
    1 EUCHARISTIE
    1 EVANGILES
    1 FILS DU CHARPENTIER
    1 HUMILITE DE JESUS-CHRIST
    1 IMITATION DE JESUS CHRIST
    1 INCARNATION DE JESUS-CHRIST
    1 INCARNATION MYSTIQUE
    1 JESUS-CHRIST MEDIATEUR
    1 JESUS-CHRIST MODELE
    1 JESUS CHRIST VIE DU RELIGIEUX
    1 JOIE SPIRITUELLE
    1 PARESSE
    1 PASSION DE JESUS-CHRIST
    1 PAUVRETE DE JESUS-CHRIST
    1 PERE SOURCE DE LA FOI
    1 PERFECTIONS DIVINES DE JESUS-CHRIST
    1 PREDICATION DE JESUS-CHRIST
    1 PROGRES DANS LA VIE SPIRITUELLE
    1 PURETE D'INTENTION
    1 PURIFICATION
    1 RENOUVELLEMENT
    1 RETRAITE DES RELIGIEUX
    1 SACRIFICE DE JESUS CHRIST
    1 SAUVEUR
    1 SILENCE DE JESUS-CHRIST
    1 SUFFISANCE
    1 TRAVAIL DE L'ETUDE
    1 UNION A JESUS-CHRIST
    1 VIE PUBLIQUE DE JESUS-CHRIST
    1 VIE SPIRITUELLE
    2 EVE
    2 PAUL, SAINT
    2 PIERRE, SAINT
La lettre

[[Mihi vivere Christus est. La vie, pour moi, c’est le Christ.]]

(Ph. I, 21).

La vie de l’Apôtre, c’était Jésus-Christ. Jésus-Christ est aussi la vie du religieux; il faut qu’il en prenne son parti. S’il n’est pas la copie vivante du divin Sauveur, il n’est qu’une chimère.

Mais c’est surtout pendant la retraite que la figure du Fils de Dieu, devenu Fils de Marie, doit se présenter à lui; et voici quels sont les devoirs qui doivent découler de sa méditation :

1° Le religieux doit, toute sa vie, étudier Jésus-Christ;

2° En le connaissant, il doit l’aimer toujours davantage;

3° En l’aimant, il doit s’appliquer à l’imiter dans toute la perfection dont il est capable.

Trois réflexions très simples, et qui, partant des principes les plus élémentaires de la foi, s’enchaînent d’une manière irrésistible.

l. — Etude de Jésus-Christ

Sans doute, si Dieu le voulait, nous serions éclairés comme saint Paul, d’un seul coup, sur les perfections du Sauveur, ou bien même comme le sont les anges qui le contemplent en Dieu, dans la parole divine, et l’adorent: [[ Dicit: et adorent eum omnes angeli ejus; il parle et tous ses anges l’adorent.] (Hebr. 1, 6.)

Certes, ce serait un vaste sujet de contemplation, mais nous nous y perdrions, tant notre intelligence serait en quelque sorte aveuglée à force de lumière, et notre coeur embrasé, consumé par l’amour. Dieu veut autre chose de nous. Il répand sur nous les dons de la foi, il nous montre son Fils à travers un nuage; et, en attendant les splendeurs de la patrie, il veut que nous avancions pas à pas dans la connaissance de son Fils, en qui sont cachés tous les trésors de la vraie sagesse et de la vraie science, in quo sunt omnes thesauri sapientiae et scientiæ absconditi. (II Col. II, 3.) Etudier Jésus-Christ, c’est donc étudier la sagesse et la science dans leur principe. Ne voilà-t-il pas une source d’études assez importante? Et maintenant, le religieux croit-il pouvoir mieux employer sa vie qu’à fouiller dans les trésors de cette sagesse et de cette science divine?

Et qu’étudierons-nous?

Ah! certes, les questions surabondent. D’abord le mystère par lequel un Dieu s’est fait homme afin que l’homme devînt Dieu, Deus factus est homo, ut homo fieret Deus. N’est-ce rien que de se rendre compte de la manière dont un homme criminel peut s’approcher de la divinité, non pas à la manière menteuse dont le serpent le proposait à Eve, dans le Paradis terrestre, mais de la façon dont Dieu lui-même l’entend? N’est-ce rien que d’étudier la manière dont nous pouvons acquérir une naissance divine, et dont nous l’avons acquise, selon saint Léon, par le baptême? Ecoutons ce grand Pape : [[ Universa summa fidelium fonte orta baptismatis, sicut cum Christo in passione crucifixi, in resurrectione ressuscitati, in ascensione ad dexteram Patris collocati, ita cum ipso sunt in ista nativitate congeniti; la société universelle des fidèles est née dans les eaux du baptême : de même que tous les chrétiens sont crucifiés avec le Christ dans sa Passion, sont ressuscités avec Lui dans sa Résurrection, sont placés, à côté du père, avec Lui dans son Ascension, ainsi ils sont engendrés avec Lui dans cette naissance du baptême. ]]

N’est-ce rien que d’étudier une grandeur pareille? Le chrétien, et à plus forte raison le religieux, étudie l’humilité, le silence de son Dieu fait homme, son anéantissement profond au sein de Marie, sa pauvreté à la Crèche, le bouleversement des idées humaines dans le dénuement absolu de Celui par qui tout a été fait; il étudie à Nazareth cette grande loi du travail, selon laquelle le grand Ouvrier de l’univers, Celui par qui les siècles eux-mêmes ont été faits, s’astreint à gagner son pain, à la sueur de son front, dans la boutique d’un pauvre artisan, et nous enseigne le travail et sa sanctification moins par ses paroles que par ses exemples.

Que dire de sa vie apostolique, de ses labeurs, de l’ingratitude dont il est l’objet malgré la puissance de sa parole, et pour enseigner et pour guérir?

Que dire de sa vie de souffrance, de sa mort, de son sacrifice? Que dire de sa vie du tabernacle afin de réaliser la parole de l’adieu : [[ Non relinquam vos orphanos, veniam ad vos; je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous? ]] (Joan. XIV, 18.) Est-il assez venu? Est-il assez avec nous et en nous par l’Eucharistie? Et n’y a-t-il pas à creuser sans cesse la profondeur des richesses divines? O altitudo!

Tout cela, c’est le pur, le simple Evangile. Je n’ai qu’à le méditer. Là sont les paroles de vie laissées par le Sauveur à ses disciples. Avec eux, avec Pierre, nous pouvons dire : [[ Ad quem ibimus? A qui irions-nous? ]] (Joan. VI, 69.) Quel docteur plus admirable pourrions-nous chercher? [[Ad quem ibimus? Verba vitae æternæ habes. Vous avez, Seigneur, les paroles de la vie éternelle. ]] (Joan. VI, 69).

Mais il faut encore étudier Jésus-Christ dans les livres des saints proposés par l’Eglise à notre méditation.

Cela coûte, parce qu’il faut faire effort pour comprendre et que la paresse aime peu l’effort. Certes, tout n’est pas dans les livres, et nous l,établirons tout à l’heure; mais il y a ici deux écueils dans cette étude du Fils de Dieu fait homme: d’abord, la paresse qui croit tout savoir et qui croit que les affections suffisent. Oui, sans doute, c’est par elles qu’il faut finir, mais à condition de les établir sur une base solide. Le paysan, l’ouvrier, qui ne peuvent étudier, reçoivent, s’ils y mettent le temps que leurs travaux leur laissent, des grâces spéciales, mais à la condition de ne pouvoir étudier Jésus-Christ davantage. Pour des religieux comme nous, il ne saurait en être ainsi. La paresse est comme un mur placé entre Jésus-Christ et nous; tant qu’il ne sera pas renversé, nous ne serons capables de rien.

En second lieu, quelques-uns, ne voulant pas étudier Jésus- Christ comme il est nécessaire, tombent dans le vague de je ne sais quelles rêveries stériles. Aussi, fausses dévotions basées sur des idées fausses sentiments faux! Et quels dangers pour le progrès dans la perfection! Qui jamais a atteint son but en suivant une fausse route? Voilà pourtant à quoi s’exposent une foule de religieux pour n’avoir pas suffisamment étudié Jésus-Christ!

La fausse connaissance de Jésus-Christ produit le faux christianisme. Quelle lumière cet axiome incontestable ne jette-t-il pas sur l’état d’une foule d’esprits?

Quand on a de Jésus-Christ une science suffisante par l’étude, on peut étudier les détails de sa vie par la méditation, et alors que de leçons pratiques n’en jaillissent pas avec surabondance! Jésus-Christ est le vrai pain supersubstantiel dont il est parlé dans le discours sur la montagne. Jésus-Christ est celui dont la connaissance suffisait à saint Paul.

II. — Amour pour Jésus-Christ

Pour aimer, il faut connaître; telle est la première condition de l’amour: la connaissance de l’objet. Mais la connaissance inspire la répulsion de ce qui est mauvais, hideux; elle inspire l’amour de ce qui est bon, beau, délectable.

Or, qui est meilleur que Jésus-Christ? Qui est plus beau que Jésus-Christ? Qui est plus parfait que Jésus-Christ?

Il est la beauté divine, [[ splendor gloriæ, la splendeur de la gloire ]] (Hebr. I, 3); [[ figura substantiæ, l’image parfaite de la substance de Dieu. ]] (Ibid.) Prenez toutes les perfections divines: elles sont toutes en Jésus-Christ, ou plutôt elles sont Jésus-Christ même, en tant que Dieu. Prenez les perfections créées : elles sont toutes en Jésus-Christ; seulement, il faut les connaître. Or, si la solution d’un problème de la science, la lecture d’un chef-d’oeuvre littéraire, la vue des spectacles de la nature, les vastes plaines, les hautes montagnes, l’immense océan, frappent l’esprit et l’enivrent, qu’est l’effet produit en moi par la grandeur des beautés, des perfections, des connaissances que la contemplation de Jésus-Christ renferme? C’est d’abord l’admiration, une admiration sans terme, sans limite, comme celui qui en est l’objet. Mais quand cet objet admirable, cette richesse sans bornes, ce trésor de perfections, cette beauté modèle de tout ce qui est beau nous aime, se donne à nous, descend à notre néant, à notre péché, pour effacer notre péché et donner à notre néant la vie surnaturelle, et une vie toujours plus abondante, que reste-t-il à faire qu’à se précipiter, par un immense amour, à ses pieds, dans ses bras, au plus intime de son Coeur?

Oui, à moins d’être damné, il est impossible de le connaître et de ne l’aimer pas.

Et c’est dans cet amour que commence cette vie nouvelle qui rend tout facile parce que l’on aime, et toujours plus facile parce que l’on aime tous les jours davantage.

L’amour trouve en Jésus-Christ le Saint des saints descendu pour nous sur la terre, le lien entre l’homme et Dieu! L’âme qui commence ainsi à s’éprendre aime sans doute avec les imperfections des commençants, mais avec un brûlant désir de se dépouiller de tout ce qui arrête son union avec l’objet de son amour; elle gémit de ne pas aimer davantage, et ces gémissements, humbles comme le coupable pardonné, sont un accroissement d’amour. Elle aime avec le sentiment des joies que Jésus-Christ apporte avec ses dons, et de l’affranchissement du péché dont il la délivre! Elle aime avec l’espérance de le posséder éternellement, comme une récompense, non méritée peut-être, mais comme une récompense certaine, puisqu’elle est promise, et que la parole de Dieu y est; elle sent, par Jésus-Christ, la grâce s’écouler dans son coeur, elle compte sur cet appui surnaturel; elle ne peut pas ne pas aimer ce bien, gage d’un bien plus excellent encore.

[[ Elle aime parce que c’est Jésus-Christ, et que par Jésus-Christ elle s’unit à Dieu. Ah! voilà la vie de Jésus-Christ notre Dieu et notre médiateur ! Son travail est de s’unir tous les jours plus à nous, et, pour accroître le prodige et la puissance de ses effets, cette âme qui a disposé des degrés d’amour dans son coeur, ne pouvant monter encore à l’éternelle vie, va à l’Eucharistie qui en est le garant. Avec le Corps et le Sang d’un Dieu, un Dieu lui-même lui est donné; elle le possède, elle peut dire: [[ Mon bien aimé est à moi, et moi je suis à lui; je le tiens et ne le laisserai point aller. ]] Et l’âme, par l’amour, a la puissance de forcer Jésus-Christ à rester avec elle. C’est là qu’elle dit plus que jamais ! [[ Mihi vivere Christus est! Vivre, pour moi, c’est le Christ! ]] Vivre dans la connaissance de Jésus, aimer Jésus tous les jours plus connu, plus possédé, plus source de tout bien, voilà la vie pour moi dans l’amour. Mihi vivere Christus est! Après cela, il n’y a qu’à désirer la mort pour avoir la plénitude du bonheur dans la plénitude de la vie: [[ Mihi vivere Christus est, et mori lucrum! Pour moi, vivre c’est Jésus-Christ, et mourir est ma richesse. ]] (Ph. I, 21.)

III. — Imitation de Jésus-Christ

Ce n’est pas tout de dire qu’on aime Jésus-Christ, il faut le

lui prouver de la manière qu’il le demande; et lui-même a dit: [[ Si quis diligit me, sermonem meum servabit; si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole. ]] (Joan. XIV, 23.) Telle est la meilleure marque d’amour que Jésus-Christ demande.

Or, la prédication de Jésus-Christ, c’est sa vie tout entière. Ne lui avons- nous pas entendu dire: [[ Exemplum dedi vobis, ut quemadmodum ego feci, ita et vos faciatis; je vous ai donné l’exemple, afin que vous fassiez comme moi-même j’ai fait. ]] Quelle est la vertu dont il n’a pas donné l’exemple? Quelle est la perfection humaine qui ne respire pas dans sa vie? C’est pourquoi, chaque instant de la vie du Sauveur est une mine inépuisable d’actes parfaits à imiter.

Il ne faut pas juger seulement l’acte extérieur, mais la perfection de toutes les intentions avec lesquelles cet acte est accompli.

Prenons un exemple. Le divin Sauveur fut attaché à la croix avec deux autres condamnés au même supplice que lui. Ce sont les mêmes tortures et les mêmes souffrances: quelle différence cependant! L’un est un désespéré qui meurt, le blasphème à la bouche; l’autre, un coupable sans doute, mais que la grâce du Sauveur a touché, qui s’humilie, se repent, confesse son crime; et, entre les deux, l’innocence même plane entre le ciel et la terre, pour expier, par son sacrifice, les péchés des hommes, et offrir à son père la plus pure victime. Il en est de même de tous les actes du Sauveur, si communs qu’ils soient: ils ont tous une sainteté mille et mille fois supérieure à tout effort humain, et il convient qu’il en soit ainsi, afin que l’on puisse comprendre que la perfection ne consiste pas dans l’acte en lui-même, mais dans le sentiment avec lequel il est accompli.

Or, cette imitation est de tous les instants, et, à chaque instant, peut être de la plus merveilleuse intensité. Que de trésors d’amour plus abondants dans un seul acte d’amour de Jésus-Christ, comparé à tous les actes d’amour formés pendant l’éternité par tous les saints et par tous les anges! J’en dis de même de toutes les autres vertus qui, après tout, viennent se perdre dans l’amour.

Même l’impuissance humaine est un principe de progrès dans la perfection. Dieu aidant, elle fait effort et finit par s’en approcher tous les jours, par des intentions plus pures, par une générosité plus absolue, par un abandon plus complet à tout ce qui lui est demandé, non pas seulement d’une façon générale, mais encore par l’attention aimante aux moindres détails des actes du Sauveur que l’on imite.

Ainsi, telle est la merveille: l’étude de Jésus-Christ produit la connaissance du divin Sauveur: plus on le connaît, plus on l’aime; plus on l’aime, et plus on veut l’imiter; mais, pour le mieux imiter, on a besoin de l’étudier davantage, et l’âme va s’avançant sans cesse dans ce triple effort de l’étude, de l’amour et de l’imitation. Mais voyez la conséquence : Jésus- Christ a dit: [[ Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ]], et il ajoute : [[ Et Pater meus diliget eum, et ad eum veniemus et apud eum mansionem faciemus; et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre séjour. ]] (Joan. XIV, 23.)

O Père, aimez votre créature, venez à elle avec votre Fils et l’Esprit qui est votre amour, faites-y votre demeure, par les mérites de ce Fils bien-aimé, et dans le temps et dans l’éternité!

Notes et post-scriptum