Je ne veux pas laisser finir le jour de l’an, ma chère fille, sans vous envoyer mes voeux. Je suis venu passer les premières heures de 1859 avec ma famille(1) et j’en aurais eu du scrupule, si le repos eût pour moi été aussi facile ailleurs. Je profite de la beauté du temps pour me promener et je trouve la différence de la nuit au jour entre ce que j’étais, il y a trois ans, et ce que je suis à présent(2).
J’ai dit un mot au P. Laurent au sujet de la retraite à prêcher par Mgr de Ségur. Je ne pense pas qu’il se doute de rien, j’ai fait venir la chose en lui parlant de mon embarras pour trouver un prédicateur(3).
Quant à ce que vous me dites de Clichy, et de ce que vous y redoutez, je partage bien un peu vos alarmes(4). Que faire? Il y a tort et raison de tous les côtés. Je vais y mettre du mien en étant bon pour tous, autant qu’il dépendra de moi. Le meilleur pour vous, qui avez le droit de dire bien des choses, est de persuader aux Pères Picard, Hippolyte et Brun, qu’on obtient tout du P. Laurent en parlant sans affectation à sa conscience et en lui témoignant une sérieuse affection. Egayez-le avec cela, et il fera des prodiges. Et toutefois, il faut toujours qu’il soit sous l’influence de quelqu’un, le P. Cusse(5), Mme Constant(6) ou tout autre. Voilà ce que j’ai remarqué. Son esprit de foi est grand, et il peut à coup sûr l’aider, comme on peut s’en servir pour rétablir la paix.
Adieu, ma fille. Demain matin je vous parlerai de votre conscience.

