Le royaume de Dieu souffre violence(1), ma chère enfant(2).Il faut donc que vous vous attendiez à des luttes et à des combats. Une vie chrétienne sans guerre n’en est pas une. Dieu laisse bien quelque répit, mais le renoncement à soi-même, le support de la croix, l’imitation du divin Maître, tout cela ne se fait pas sans efforts, et ces efforts sont d’autant plus grands que l’on veut monter plus haut.
Toutefois, avec une nature comme la vôtre, les difficultés sont bien adoucies par l’esprit de foi qui vous anime et l’amour de Notre-Seigneur, dont vous devez vous pénétrer de plus en plus. Vous avez un besoin immense d’aimer, et le jour où vous l’aurez dirigé vers les infinies perfections et la divine beauté de Notre-Seigneur, vous aurez renversé bien des obstacles à votre perfection. C’est pourquoi, je voudrais que la communion fût votre vie et que vous missiez tout votre bonheur à passer votre temps aux pieds du Saint-Sacrement, non parce que je vous crois appelée à une vie de pure contemplation, mais parce que je me figure que, une fois votre coeur entièrement pris par Celui à qui vous vous êtes toute donnée, toute souffrance vous sera douce, tout sacrifice proposé vous deviendra comme une nécessité de coeur.
Puisque vous devez être un jour à l’Assomption, souvenez-vous de notre esprit: l’amour de Notre-Seigneur, de la Sainte Vierge, sa Mère, de l’Eglise, son Epouse(3).
Vous devez être le temple, la victime, l’épouse du Fils de Dieu. Vous devez imiter les vertus de sa Mère. Vous devez porter toute votre ardeur à étendre le règne de Dieu, qui est l’Eglise(4), par vos prières, votre pénitence, vos bonnes oeuvres, votre apostolat, de quelque nature qu’il doive être un jour; car vous savez qu’il y en a plusieurs. Lisez beaucoup les lettres de Bossuet, sainte Thérèse et saint Jean de la Croix. Ne vous tracassez ni de ce que vous ne comprenez pas, ni de ce qui ne vous va pas. Dans les livres des saints, tout n’est pas pour tous. Chacun doit, comme dans un immense festin, choisir la nourriture convenable et comprendre que les dispositions étant diverses Dieu adapte à chacun diverses espèces d’aliments.
Adieu, ma chère fille. Tout vôtre avec un vrai coeur de père.

