DERAEDT, Lettres, vol. 3, p.36

Il vient d’arriver. – Il a nommé le P. Saugrain son socius. Nouvelles touchant quelques postulantes ou religieuses. – Il est heureux de lui avoir fait du bien.

Ma chère fille,

Me voilà arrivé à très bon port et bien heureux de nos dernières conversations, mais j’ai peu de temps et je veux vous dire mille choses.

Si le P. Hip[polyte] n’est pas content de moi, tant pis pour lui! Je lui ai donné une quantité de mes notes de travail, je l’ai nommé mon socius, je lui ai annoncé qu’il travaillerait avec moi quand je préparerais mes instructions, afin de lui apprendre à s’y prendre(1).

Mme Bolze désire que sa fille vienne au plus tôt, elle va envoyer l’argent de son voyage. Mon opinion est qu’on mette Soeur M.-G[ertrude](2) au pied du mur: si elle refuse, ce sera bon; mais si elle vient, je crois bien qu’il faudra renoncer à elle.

J’arrange toutes choses pour que Thérèse de Rocher vous arrive vers Pâques. Son père n’est pas éloigné de donner son consentement.

Je n’ai pas vu Claire Attenoux.

M. de Cab[rières] a le front un peu brumeux de l’arrivée du P. Hip[polyte], mais je l’ai déjà assez éclairci.

Soeur M.-Walburge a le larynx fatigué, mais pas assez pour demander son rappel. Il faudra bien, si elle nous quitte, nous donner une maîtresse d’anglais, une musicienne pour la chapelle. Mme de Surian m’a dit qu’elle trouvait par sa fille qu’on n’exigeait pas assez de tenue des élèves.

Juliette(3) est moins coupable que sa soeur ne le suppose, elle avait voulu avoir les actions pour me les donner. Je lui ai parlé avec douceur mais un peu clairement; je doute pourtant qu’elle m’ait compris. Il y a des gens très curieux. Les intérêts réclamés par Joséphine(4) sont ceux des bons du trésor, que vous vous êtes chargée de faire retirer le 22 mars; elle vous écrira à cette époque.

Je ne reviens pas sur ma visite au cardinal(5): elle fut polie et froide, non de ma part, mais de la sienne, il était embarrassé.

Adieu, ma fille, et tout à vous du bien fond du coeur. Veuillez dire mille choses à vos filles, de ma part. Ce voyage est un de ceux où je vous ai laissées avec le coeur le plus plein et le plus élargi(6).

Tout vôtre encore une fois.