Je comptais aller vous porter moi-même ma réponse au rendement de compte que vous m’avez envoyé, il y a quelque temps, mon cher ami; voilà pourquoi, par l’effet de circonstances indépendantes de ma volonté, je vois mes plans changés et je viens vite causer avec vous(1). Laissez-moi vous dire, tout d’abord la peine que me fait la disposition de votre âme, qui est toujours portée à une sorte de découragement. Cela sent beaucoup trop la dévote; il y a au-dessous une plainte, et même un murmure que je ne puis accepter de la part d’un religieux. Tout cela contraste avec ce besoin de se donner aux oeuvres extérieures. Est-ce qu’on est capable de porter les autres, quand on l’est si peu de se porter soi-même? Sous l’influence de quel mauvais génie êtes-vous donc pour vous laisser ainsi abattre? Autrefois, bien avant que vous ne fussiez prêtre, vous n’éprouviez pas ces défaillances, et maintenant que vous montez tous les jours à l’autel, on dirait que vous n’avez plus aucune force. Retrempez-vous dans la prière, qui, pour vous, est encore plus nécessaire que la science, et que vous obteniez en priant ce courage sacerdotal et religieux qui vous manque beaucoup trop.
Adieu, mon cher ami. Au lieu d’aller à Paris, j’irai à Lamalou; ma santé l’exige après le carême que j’ai prêché à nos enfants et dont j’ai ressenti les fatigues après Pâques.
Adieu, encore une fois. Tout vôtre en Notre-Seigneur.

