Ma bien chère fille,
Je viens de recevoir à l’instant votre lettre du 1er mai, elle a mis cinq jours pour m’arriver. Je n’y comprends rien(1). Quoi qu’il en soit, vous savez probablement d’une manière positive que je crois mieux faire de ne pas aller à Paris. J’aurais dû renoncer à prendre les eaux et franchement j’en avais besoin.
Si vous voulez de suite Soeur M.-Walburge(2), je vous la céderais,. mais je crois qu’elle nous fera bien faute, et je doute qu’elle ne fasse un peu tort à la maison. Soeur M.-Walb[urge] à Sedan, Soeur M.-Aug[ustine] à Nîmes, la place de Soeur M.-Marg[uerite](3) serait toute trouvée à Paris, ainsi que nous l’avions combiné. Vous pourriez différer de quelques jours votre départ, rappeler Soeur M.-Walb[urge] et arriver avec elle à Sedan, après avoir fait venir Soeur M.-Marg[uerite]. Si M. Tourneur n’était là derrière qui prendra cela pour un affront, ce serait à coup sûr le parti le plus simple. Soeur Franç[oise]-Eug[énie] me disait dernièrement que Soeur M.-W[alburge] aimait le changement, mais sera-t-elle ravie de changer pour Sedan?
Souvenez-vous bien qu’en vous l’offrant, je fais un sacrifice, car je la crois parfaite pour la place qu’elle occupe. Elle est très édifiante, fait aimer la maison; elle n’est peut-être pas assez ferme, au dire d’autres religieuses qui sont peut-être trop raides, mais elle est adorée des enfants, sans qu’on puisse, au moins que je sache, lui reprocher de se les attirer. Les rendra-t-elle chrétiennes? Comment voulez-vous qu’elle en vienne à bout, si elle marche sur les traces du saint abbé de C[abrières], qui le jeudi-saint, au moment ou il allait se trouver mal, expliquait à un mioche, entre choses, le côté littéraire (je l’ai entendu de mes deux oreilles) du discours après la Cène? Est-ce la peine de se donner des maux de coeur et des évanouissements, pour expliquer, le jeudi saint, le discours après la Cène par le côté mystique sans doute, mais aussi par le côté littéraire?
Quoi qu’il en soit, je vais écrire une première lettre à Soeur M.-Aug[ustine], mais un peu vague, et, dès mon retour à Nîmes, je lui demanderai d’arriver. Veuillez croire que je ne vous donne pas une petite preuve de dévouement en la faisant venir. Je compte que vous me donnerez exactement où vous en êtes pour Sedan, afin que, si vous croyez devoir rappeler Soeur M.-Marg[uerite] , je presse un peu plus Soeur M.-Aug[ustine]. Vous pourriez peut-être parler à M. Tourneur de la sottise de Soeur M.-Marg[uerite] , comme nous parlons de Joséphine; quoique pour celle-ci je ne vois pas de grands inconvénients à cause de la façon dont je l’ai pris.
Adieu, ma chère fille. Tout vôtre du fond du coeur.

