Ma bien chère fille,
Dieu veut évidemment que vous soyez une sainte. Les épreuves par lesquelles il vous fait passer peuvent vous en convaincre. Toutefois, il vous laissera quelque chose, car j’ai vu hier à Rochefort(1) M. du Grail, qui m’apprit que l’affaire des 20.000 francs qu’il avait cru compromis était, au contraire, en très bon train et que toutes les possibilités étaient en votre faveur. J’avais donné rendez-vous à Rochefort à Mlle de Régis, mais figurez-vous que la pauvre fille s’est foulé le pied, le jour de la Pentecôte, et que l’enflure est très forte. Dans son état de santé, je vous assure que je ne suis pas sans inquiétude sur son compte. De son côté, Mme de Rocher m’apprend que le médecin du Sacré-Coeur lui a parlé de façon à lui donner de graves et très graves inquiétudes sur sa fille Marie. Vous voyez que tous nous avons nos croix.
Monseigneur diffère indéfiniment de publier le règlement de l’Adoration du Saint-Sacrement. Il n’y a donc rien d’imprimé, mais chaque paroisse peut prendre dans le mois autant de jours et d’heures qu’il est prudent d’en accepter, de façon à ce qu’il y ait, le plus possible, toujours un adorateur devant le Saint-Sacrement. Pour commencer on peut, à Anduze par exemple, ne prendre qu’un jour par semaine; à Saint-Hippolyte, où les catholiques sont plus nombreux, on peut en prendre deux, et peu à peu on augmente, à mesure qu’on trouve un plus grand nombre de personnes(2).
Veuillez dire à Mlle de Jordan combien je serais heureux de la connaître. C’est une joie que je me promets pour l’hiver prochain. Ne vous découragez pas dans vos projets de pacification; il en reste toujours quelque chose. Continuez. Si vous ne réussissez pas, Dieu bénira votre bonne volonté.
Adieu, ma chère fille. Mille souvenirs à vos enfants. Tout vôtre en Notre-Seigneur.

