Ma chère fille,
Voici un petit mot pour Camille. J’ai un vrai regret de l’avoir ainsi délaissée(2). Je suis bien préoccupé de ma soeur aînée. Dimanche on crut qu’il faudrait l’administrer, le soir elle allait mieux. C’est une maladie de consomption. Il n’y a guère que des délais à espérer. Priez pour elle et pour ma mère. Ma mère ne peut la voir, et elle, [elle] ne peut se faire entendre: c’est quelque chose de très douloureux.
Je tâche de faire venir le P. Brun qui se cramponne à Paris. Vous aurez plus aisément raison du P. Laurent, qui surtout est faible. Soeur M.-Aug[ustine] exerce un peu ma patience par les changements continuels qu’elle apporte à ce qui a été décidé. Je m’en console en pensant que je vous en ai débarrassée, mais avec l’obsession dont je suis l’objet de sa part, comment ferons-nous quand vous serez ici? Evidemment elle verra que je reçois avec plus de plaisir vos vérités que les siennes, et alors?
Je voudrais écrire à Soeur M.-Gonzague. Je ne le puis avec la retraite des petites filles qui font demain la première communion; je lui écrirai après-demain, si on ne me rappelle pas à Montpellier. Bordeaux me sourit bien, mais je vous verrais quitter Sedan avec peine; le plus difficile y est fait(3).
Adieu, ma fille.

